Cannabis : dix ans après prop 64, le cauchemar des cultivateurs californiens

Dix ans après la légalisation du cannabis en Californie, la promesse d’une industrie florissante s’est transformée en une réalité amère pour de nombreux producteurs. Un cultivateur de la région du North Bay dénonce les contrecoups politiques et économiques d’une législation mal maîtrisée.

Le goulet d'étranglement réglementaire : un frein majeur

Ce lundi, sous la pluie qui s'abattait sur sa ferme de Glen Ellen, dans le comté de Sonoma, Erich Pearson, fondateur de SPARC, inspectait ses 30 000 seedlings nouvellement éclos. L’entreprise, initialement engagée dans la culture médicale illégale dès 1998, avait accueilli le passage de Prop 64 en 2016 avec optimisme. « C'était, à l'époque, », confie-t-il avec un sourire amer, « une source d’espoir. Mais c'est devenu un défi. Mais, au final, il fallait que cela se fasse, non ? Il fallait que cela se fasse car cela permet de sortir des détenus de prison, ce qui est la chose la plus importante. »

Or, le résultat commercial a largement déçu les attentes. « Nous avions des ambitions plus grandes que la réalité réglementaire ne le permettait », avance Pearson. « Tous, des investisseurs aux fondateurs, avaient imaginé un marché bien plus vaste. Les règles sont devenues un obstacle insurmontable. »

Taxes, retard de permis et marché noir

Taxes, retard de permis et marché noir

Les premières difficultés ont découlé des réglementations locales, qui ont étouffé les permis de culture et de vente au détail. Ensuite, les taxes, censées financer les écoles et les services publics, se sont avérées être un fardeau insupportable. La proposition 64 avait vendu aux électeurs un rêve de prospérité, mais la concurrence a entraîné une chute vertigineuse des prix. Avec ces taxes fixes, les producteurs ont lutté pour maintenir leur rentabilité, alimentant ainsi le marché noir, qui, selon Pearson, représente toujours 60% du cannabis vendu en Californie, grâce à des coûts de production et fiscaux bien inférieurs.

« Ils disent que 60% de tout le cannabis vendu en Californie transite encore par le marché illicite », souligne Pearson. « Ils produisent moins cher, ils ont moins de contraintes réglementaires, et ils ne paient pas de taxes. Il faut une réforme fiscale urgente pour dynamiser le marché légal. »

Un secteur en déclin

Un secteur en déclin

Le prix de la marijuana a chuté d'un pic de 1 300 $ l'once à environ 300 $ aujourd'hui, poussant de nombreux cultivateurs à abandonner. Pearson considère cela comme une purge nécessaire, comparant la situation à celle du secteur des dot-com dans les années 2000. « L'argent facile est partis », explique-t-il. « Seuls les entreprises solides et bien planifiées peuvent survivre et faire progresser l'industrie à mesure que les prix remontent. »

Mais le problème de la fiscalité reste entier. « Si le législateur avait pu voter pour une légalisation qui aurait prévu le contrôle des taxes, nous n'aurions probablement pas ce problème aujourd'hui », affirme Pearson. « Le législateur aurait pu réduire les taxes. Le gouverneur a soutenu cette réduction, mais il ne peut pas, car cela nécessiterait un nouveau vote populaire. C'est une impasse frustrante. »

L'optimisme malgré tout

Comme chaque cultivateur, Pearson garde espoir. « Il faut être optimiste, sinon le travail n'a aucun intérêt », conclut-il, avec une pointe d'ironie. La route est longue et sinueuse, mais la perspective d'un marché plus stable et équitable persiste.