Hongrie : l'ombre de la chine plane sur une usine électrique, entre promesses et accusations

Szeged, Hongrie – L'ouverture en 2027 de la première usine européenne de véhicules électriques de BYD, géant chinois, devait être un symbole de renouveau économique pour cette ville du sud du pays. Mais derrière les milliards d'euros d'investissements et les promesses de milliers d'emplois, se cachent des accusations troublantes de violations des droits des travailleurs, jetant une ombre sur ce qui devait être une réussite.

Un partenariat stratégique au parfum d'influence

L'implantation de BYD à Szeged n'est pas un hasard. Elle s'inscrit dans un contexte de rapprochement politique et économique entre la Hongrie et la Chine, initié en 2019 sous la houlette du leader alors en place, Viktor Orbán. Ce dernier, désireux de se positionner comme le meilleur ami de Pékin en Europe, a rapidement ouvert la voie à un “partenariat stratégique global”, couronné par une visite prestigieuse du président Xi Jinping en 2024 et un afflux massif d'investissements chinois dans l'industrie automobile.

L'installation de panneaux de signalisation multilingues, dont le chinois, dans la plupart des aéroports européens est une pratique courante. Mais à Budapest, cette langue est devenue un marqueur visible de cette relation privilégiée, facilitant l'arrivée de travailleurs migrants chinois destinés à construire l'usine BYD. Une stratégie audacieuse, mais qui soulève désormais de sérieuses questions.

Des conditions de travail dénoncées

Des conditions de travail dénoncées

China Labor Watch (CLW), une organisation de défense des droits de l'homme basée à New York, a mené une enquête approfondie, recueillant les témoignages de plus de 50 travailleurs migrants. Leurs récits font état de semaines de travail à sept jours, d'endettement lié au recrutement, de longues heures supplémentaires et de violations des visas. “Certains employés choisissent de travailler sept jours par semaine, mais ce n'est pas obligatoire. Seuls ceux venant de Chine font ce choix”, confie un travailleur souhaitant rester anonyme.

Les conditions de vie sur le site de construction sont également dépeintes comme “assez dures”, avec des dortoirs bondés, hébergeant jusqu'à 450 personnes chacun. L'accident mortel survenu en février, impliquant une grue et un opérateur, a exacerbé les tensions et alimenté les rumeurs de mauvaises pratiques. Un médecin de Szeged a même confirmé, de manière non officielle, le traitement de plusieurs travailleurs pour de la tuberculose.

Un gouvernement en transition face à la controverse

Un gouvernement en transition face à la controverse

L'éviction d'Orbán des derniers scrutins a ouvert une nouvelle page pour la Hongrie. Son successeur, Péter Magyar, a promis de “revoir” d'autres projets chinois, dont une usine de batteries à Debrecen. La Commission européenne a pris connaissance des allégations et a indiqué qu'une enquête était en cours. La nouvelle loi européenne “made in Europe” prévoit que 50% des travailleurs dans la fabrication de véhicules électriques doivent être issus de l'UE, une disposition qui pourrait limiter l'afflux de main-d'œuvre chinoise.

L'investissement de 4,5 milliards de dollars de BYD à Szeged représente un espoir de transformation pour une ville et un pays confrontés à un certain marasme économique. Mais la question des droits des travailleurs, et plus largement de l'influence chinoise, reste au cœur des préoccupations. L'avenir de cette usine, et celui des relations entre la Hongrie et la Chine, dépendra de la capacité des autorités à garantir le respect des lois et des normes européennes.