L'art de la maternité : une exploration inattendue au ngv
L'épuisement maternel, ce sentiment de stagnation créative que l'on croyait propre à chaque mère, trouve une étrange résonance dans l'œuvre de Käthe Kollwitz. L'artiste allemande, confrontée au départ de ses enfants, décrivait son travail comme un « pâturage de vache », une image qui résume à la perfection la perte d'urgence qui accompagne le temps qui s'étire. Une observation troublante, récemment confirmée par deux conservatrices du National Gallery of Victoria (NGV) qui, au cœur de la maternité, ont plongé au sein des collections du musée.
Le regard subversif de la mère artiste
Sophie Gerhard et Katharina Prugger, respectivement curatrice d'Art australien et d'Art contemporain, ont uni leurs forces, motivées par une expérience partagée : le tumulte, l'exigence, le caractère « implacable » de la maternité. Leur exposition, Mother, au-delà d'une simple célébration de la figure maternelle, déconstruit l'iconographie traditionnelle et explore la complexité du travail maternel, souvent effacé ou minimisé. L'exposition s'ouvre sur la Vierge Marie, archétype de la maternité occidentale, mais Gerhard et Prugger soulignent rapidement la distance entre l'idéal immaculé et la réalité brute de l'accouchement et de l'éducation.
L'opposition est saisissante : aux côtés de la Madone immaculée, les visiteurs découvrent des jupes de couches tressées, portées par les femmes aborigènes pour protéger la mère et l'enfant pendant le travail. Ces objets, empreints de la sueur, du sang et de la réalité physique de la grossesse, contrastent violemment avec l'image immaculée de la Vierge. La fragilité des corps, la vulnérabilité, sont mises à l'honneur, loin des représentations idéalisées.
L’invisible est mis en lumière. Des photographies du XIXe siècle, soigneusement mises en scène, révèlent les mères se dissimulant dans l'ombre, stabilisant les bébés pour de longues poses, leurs efforts effacés au profit de l'image de l'enfant. Un geste subtil qui souligne l'invisibilité du travail maternel, une contribution silencieuse à la construction de l'image familiale.

La créativité fertile de la maternité
Loin de nuire à la créativité, la maternité peut, paradoxalement, la nourrir. L'exposition explore la manière dont les tâches répétitives de la vie maternelle, la transmission intergénérationnelle des savoir-faire, peuvent se transformer en sources d'inspiration. Les points de couture successifs qui composent un vêtement deviennent une métaphore des petites actions, des gestes répétés qui façonnent un être humain. L'œuvre de Kate Just, An Armour of Hope, témoigne de cette transformation : un armure en métal et soie, tissée avec une minutie obsessionnelle, un symbole d'amour et de protection pour son fils adopté.
L'Art aborigène, notamment à travers le travail de Kyra Mancktelow et Guruwuy Murrinyina, illustre quant à lui la transmission des traditions et des techniques ancestrales, le fil rouge qui unit les générations. L'histoire personnelle de Mancktelow, marquée par la perte de son héritage culturel, est réappropriée à travers une œuvre textile qui rend hommage à sa mère et à son histoire familiale. Le travail de Murrinyina, quant à lui, rend hommage à la minutie et à la précision du geste de sa propre mère, Malaluba Gumana.
L'exposition ne se limite pas à l'exploration des aspects positifs de la maternité. Elle aborde également le deuil, la perte, la culpabilité, avec une honnêteté désarmante. Une pièce entière est consacrée aux fausses couches et aux décès infantiles, un sujet tabou souvent occulté dans l'Art et la culture occidentale. Le travail de Patricia Piccinini, avec son Nest, mélange d'animalité et de technologie, interroge la notion de maternité artificielle et les enjeux éthiques qu'elle soulève.
L'Art devient alors un espace de dialogue, de réflexion, un lieu où les femmes peuvent partager leurs expériences, leurs joies, leurs peines, sans jugement ni tabous. Le travail de Tala Madani, avec son image d'une mère allaitant son enfant tout en le menaçant, révèle la complexité des émotions maternelles, l’ambivalence qui peut exister entre amour et frustration, tendresse et colère.
En fin de compte, Mother non seulement met en lumière le travail de mères artistes, mais aussi questionne notre propre perception de la maternité et de son rôle dans la société. Une exposition nécessaire, qui nous rappelle que la maternité est une expérience humaine universelle, riche en contradictions et en nuances.
Le départ de l'adolescence, l'éloignement progressif des enfants, est un crépuscule doux-amer. Voir sa fille, désormais femme, regagner son lit quand elle est fatiguée, rappelle le cycle implacable du temps, le passage de l'enfance à l'âge adulte. Ce n'est pas une fin, mais une transformation, un acte créatif en soi : accepter le détachement, embrasser l'interdépendance, c'est redéfinir sa propre identité, et ainsi, écrire le prochain chapitre de son histoire.
