Brute 1976 : un film d'exploitation ampoulé, mais sans âme

Roxy, mannequin d’une noirceur saisissante, déambule sur le plateau d’un magazine américain centenaire, vêtue d’un bikini à rayures. Un contraste saisissant, presque provocateur, qui annonce le ton de Brute 1976, une production qui cherche à réveiller les fantômes d’un slasher gore des années soixante-dix, mais qui peine à s’en affranchir.

Un hommage appuyé à texas chainsaw massacre

Le réalisateur, Marcel Walz, semble plus attiré par l’esthétique crasseuse et le dispositif narratif de Texas Chain Saw Massacre que par une quelconque intention subversive. Dès le prologue, l’appel à l’identité américaine est évident, ponctué d’images d’une violence gratuite et d’une référence à un film controversé de l’époque. La succession de scènes, virevoltant entre le défilé de mannequins et les horreurs des marais de Savage, est un exercice de nostalgie ampoulée.

Le remplacement de la modéle initiale, Raquel, par Sunshine, après une escapade nocturne dans les tunnels du décor, est un détail anecdotique qui ne fait qu’ajouter à l’impression de superficialité. L’équipe de tournage, composée d’un photographe caftane, Jordy, d’un chauffeur pot de vin, Charlie, et d’une myriade d'assistants, se retrouve malgré eux dans un décor de ruines, véritable « porn ruin ». Les dialogues, volontairement kitsch, évoquent immédiatement les clichés du genre, et l’ignorance des villageois face à leur propre passé violent est une caricature grossière.

Une satire impuissante

Une satire impuissante

Si le film se targue d’offrir une certaine diversité raciale et sexuelle, avec un héros blaxploitation et une galerie de personnages queer, la tentative de critique sociale s’avère lamentablement feinte. L’interpénétration entre le shooting photo américain et les images de la débauche des habitants de Savage, mêlant restes d’animaux et vestiges de victimes, ne relève d’aucune satire mordante, évoquant à peine Borat. L’intervention du comédien Ted Levine, récemment pointé sur sa maladresse dans Silence des Terriers, est un détail à ne pas négliger, et l’exploration des corps, au-delà des conventions esthétiques, est absente.

L’ensemble souffre d’un manque de finition flagrant : les costumes et les accessoires semblent tirés d’un catalogue de friponnerie, les mises à mort sont maladroites et l’intrigue, parsemée de choix de personnages illogiques, s’effondre sur elle-même. La power drill plantée dans le crâne d'un protagoniste, dans un geste de subversion absurde, ne sert qu’à masquer le vide de la narration. Cependant, ce geste, aussi absurde soit-il, mérite d'être souligné.

Brute 1976, disponible dès le 3 mai sur les plateformes de streaming, est donc un film d’exploitation ampoulé, mais sans profondeur. Un divertissement occasionnel, certes, mais dépourvu de toute ambition véritable. Un simple exercice de style, sans véritable impact.