Pouvoir du cinéma: des témoins dévoilent comment le 7e art est plus efficace que la justice
Des documentaires, souvent plus persuasifs que les tribunaux, pour provoquer un changement, psychologique et même systémique. C’est l’argument que Rachel Dretzin, ancienne journaliste d’investigation pour Frontline, va défendre devant un tribunal. Un constat saisissant, particulièrement illustré par la série Trust Me: The False Prophet.
L’affaire bateman: un thriller à l’allure de brilliant savant
La série Netflix suit deux anciens informateurs de la FBI qui ont contribué à démanteler le culte de Samuel Bateman, un leader polygame Mormon condamné pour pédophilie. Les images saisissantes et les témoignages poignants, captés sur le terrain par Christine Marie et son mari, Tolga Katas, sont la clé de l’affaire. Ils ont infiltré la communauté fundamentaliste des FLDS de Utah, gagnant la confiance des fidèles, et ont même été invités à la maison de Bateman, où il régnait sur vingt « épouses », dont beaucoup étaient mineures.

L'envers du décor: manipulation et contrôle
Bateman, se parant du titre de prophète, héritier présumé de Warren Jeffs, le controversé leader des FLDS, était alimenté par un vide laissé par l’emprisonnement de son prédécesseur. Le film de Dretzin, Keep Sweet: Prey and Obey, a déjà exploré ce terrain miné, mais Trust Me offre une perspective inédite, grâce à l’implication de Marie et Katas, qui ont filmé Bateman dans sa banalité, son narcissisme affligeant et ses projets absurdes, comme tenter d’attirer la Reine d’Angleterre dans son cercle d’épouses. Un personnage à la fois terrifiant et comiquement ridicule.

Au-delà du faux-journalisme: la complexité de l'observation
L’intérêt majeur réside dans la mise en scène de la réalité. Les documentaristes, sous couvert de réaliser un film sur la communauté FLDS, manipulent les situations, orchestrant des interviews et des prises de vue, tout en naviguant dans un environnement fermé et hostile. La série révèle la tension entre la quête de vérité et les limites éthiques de la démarche documentaire. Dretzin souligne que “l’argent de la terre est plus fort que la justice”. Le travail de Christine Marie est un véritable acte de résistance, une tentative de libérer ces femmes de l’emprise d’un système implacable.

Un reflet de nos démocraties
Au-delà de l’affaire Bateman, Trust Me soulève des questions fondamentales sur la crédulité humaine, la manipulation et la facilité avec laquelle les individus peuvent être dupés par des figures d’autorité. Dretzin évoque des échos de notre propre époque, marquée par les chambres d'écho et les discours polarisés, où la vérité est de plus en plus subjective. C’est un avertissement qui résonne particulièrement fort dans le contexte politique actuel.
Un final contondant
La série se termine sur une note amère, rappelant que le combat pour la justice est souvent long et difficile, et que les outils les plus efficaces pour provoquer un changement ne sont pas toujours ceux que l’on imagine. Un rappel glaçant que, même dans les milieux les plus isolés, la vérité finit par éclater.
