Commerce sexuel en ligne : le déni des plateformes, l'effondrement des protections

Une enquête britannique révèle l'ampleur alarmante du commerce sexuel en ligne et la défaillance des régulateurs. Les sites d'annonces de prostituées, souvent utilisés par des victimes de trafic, restent largement impunis.

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8% Seulement d'annonces sans signal d'alerte

L'étude de la commissaire britannique à la lutte contre l'esclavage, Eleanor Lyons, a analysé 12 sites de services à la prostitution (ASW) comptant 63 000 annonces en janvier, attirant 41,7 millions de visites. Un outil d'identification du trafic sexuel a révélé que seulement 8% des annonces ne présentaient aucun signe d'alerte. Ces indices sont subtils : un même numéro de téléphone récurrent, des expressions comme « nouveau dans la région ».

Le rapport dresse un bilan sévère des lacunes législatives, de l'inaction de l'Ofcom (l'autorité de régulation britannique) et des faiblesses policières. La commissaire formule des recommandations pressantes. La hausse de 78% des signalements de potentiels victimes entre 2020 et 2025 – passant de 1 618 à 2 887 femmes et filles par an – rend la situation encore plus critique. Les hommes et les garçons sont plus fréquemment signalés pour de l'exploitation économique ou criminelle.

L'enquête combine des entretiens approfondis avec des victimes et une analyse des données. Elle pointe du doigt des fonctionnalités des plateformes qui permettent à des tiers de contrôler les profils, les réservations et les revenus, tandis que les acheteurs restent anonymes. Le rapport dénonce également l'utilisation de menus déroulants d'actes sexuels et des témoignages de femmes dont l'autonomie a été compromise par des partenaires de confiance.

L'étude souligne que le contenu diffusé en direct peut servir de porte d'entrée vers des rencontres physiques. Les recommandations incluent un meilleur soutien aux victimes, une consultation publique sur une possible interdiction et une vérification d'âge renforcée. L'Ofcom, bien qu'ayant puni des sites pornographiques, n'a mené aucune enquête sur les ASW. Ses directives minimisent les responsabilités des sites et ignorent les risques de trafic.

L'Agence nationale de la criminalité britannique avait déjà alerté sur le rôle des ASW dans le financement du crime organisé. Il y a cinq ans, un groupe parlementaire, présidé par Dame Diana Johnson, avait déjà recommandé un meilleur soutien aux victimes. Pourtant, le gouvernement actuel semble indifférent face à cette menace croissante et prévoit de réduire le financement national de la lutte contre l'esclavage moderne. Les victimes méritent mieux. Les ministres doivent agir. La dérive est claire : le commerce sexuel en ligne s'est métamorphosé en une zone grise où les protections s'effondrent, et l'urgence d'une régulation effective ne peut plus être ignorée.

La France, avec sa problématique des plateformes numériques et de la protection des mineurs, doit s'inspirer de cette étude britannique pour éviter un déversement similaire.

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