En hongrie, une célébration improbable : l'amour et la résilience au cœur des maisons de retraite
À Pátia, près de Budapest, une scène inattendue : deux femmes de 87 et 86 ans, vêtues d’une tenue de mariée et de groom, illuminaient les couloirs d’un établissement d’accueil. Une image qui, au premier abord, soulève de nombreuses questions.
Un instantané de la longévité et de la solidarité
Après avoir capturé ces portraits, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec ces deux femmes, Magdolna et Irén, sur leur vie, leurs secrets de longévité et la manière de préserver l’amour au fil des ans. L’élément central de leurs récits ? Un mariage heureux et durable.
Magdolna, 87 ans, a partagé plus de 50 années de vie à ses côtés, tandis qu’Irén, 86 ans, a partagé 62 années avec son époux, décédés l’un après l’autre. Dans un pays où le revenu de retraite moyen s’élève à environ 500 livres sterling, il est un véritable défi pour les retraités de subvenir à leurs besoins essentiels, laissant de la place au loisir, à la Culture ou aux voyages.
La santé des aînés hongrois reste également en deçà des standards occidentaux, et l’accès aux maisons de retraite est notoirement difficile, nécessitant souvent une attente de plusieurs années. Cette série, baptisée « Carnival au sein de la maison de retraite », visait à mettre en lumière ces personnes qui, malgré les difficultés, parviennent à mener une vie épanouie et heureuse.

Évolutions des pratiques et personnalités affirmées
La situation des personnes âgées entrant dans une maison de retraite a considérablement évolué au cours des dernières décennies. Autrefois, c’était la famille qui prenait cette décision, souvent de manière précipitée, en l’absence d’autres options. Aujourd’hui, une part croissante de personnes âgées prend l’initiative de choisir leur établissement, après avoir évalué les besoins de leurs proches et de considérer les différentes options disponibles. Les traits de personnalité se confirment avec les rides, révélant ainsi les qualités et les défauts de chacun.
La manière dont chaque individu réagit à l’entrée dans une maison de retraite dépend de sa personnalité, de ses expériences de vie, voire de celles de ses ancêtres. Comme le montrent ces deux femmes, certaines parviennent à affronter cette transition avec joie et dynamisme, comme le prouvent leurs costumes de carnaval. Magdolna, par exemple, attribue sa bonne santé à ses gènes, sans avoir jamais connu de maux de tête ni autres douleurs. Elle parcourt quatre longues promenades par semaine. Irén, quant à elle, recommande une vie active et saine, riche en marche et en voyages, ainsi qu’une gestion prudente de ses finances – une leçon transmise par sa grand-mère : « Ne dépensez que ce que vous avez, car l’endettement ronge autant que la maladie. »
Cette rencontre, pour moi, est une source d'espoir. Je suis régulièrement en terrain de conflit pour Telex, un journal en ligne indépendant, couvrant des conflits sociaux et politiques, y compris les événements liés à l'invasion de l'Ukraine. Récemment, nous avons couvert les campagnes électorales, une période exigeante, mais cette série a été réalisée pendant le carnaval, qui débute en février pour célébrer la fin de l'hiver. Ces personnes rayonnent de bonheur, et ce travail a été à la fois amusant, ludique et inspirant. Il est temps de préparer sereinement notre retraite, en construisant des ressources émotionnelles et financières, en fixant des objectifs, en sortant de notre zone de confort et en cultivant notre créativité.
Ce n'est pas la première fois que je me tourne vers les retraités pour mes reportages. J’ai toujours eu une affinité particulière avec les personnes âgées, marquée par le décès de mes grands-parents dans mon enfance. Leur sérénité me procure un sentiment de bien-être. Interview par Amy Fleming. János Bődey est en lice pour le prix Sony World Photography awards 2026. Exposition à Somerset House, Londres, du 17 avril au 4 mai, Worldphoto.org. Les lecteurs du Guardian peuvent utiliser le code GUARDIAN15 pour bénéficier d’une réduction de 15% sur les billets (valable jusqu’au 4 mai à 17h00).
