Martín (hache) : un chef coup de poing qui résonne encore
Adolfo Aristarain, maître incontesté du cinéma argentin, nous a quittés à l’âge de 82 ans. Sa dernière œuvre, Martín (Hache), un portrait cru et viscéral d’une génération perdue, continue de fasciner et de déranger, trente ans après sa sortie.
Un film qui dérange, et qui le doit
Ce n’est pas un film facile. Martín (Hache), sorti en 1993, est une plongée sans concession dans l’angoisse existentielle de l’adolescence. L’histoire, centrée sur un jeune homme, Hache, se déroule à Madrid et à Buenos Aires, confrontant un père distant et une identité fragmentée. Aristarain y excelle en déconstruisant les conventions familiales et sociales, avec un réalisme brut et une poésie amère.
L’œuvre, primée à San Sebastián, s’appuie sur un scénario aiguisé, co-écrit avec Kathy Saavedra, et sur des dialogues percutants. La cinéaste a su capturer l'essence même du désenchantement de l'époque, le sentiment d'isolement et la difficulté de trouver sa place dans un monde en mutation. L’ambiance sonore, l’utilisation des couleurs, tout contribue à une immersion totale dans l’univers du film.

Un casting au sommet
Le succès de Martín (Hache) est aussi dû à son casting exceptionnel. Federico Luppi livre une performance magistrale dans le rôle de Martín Echenique, le père complexe et blessé. Juan Diego Botto, lui, incarne parfaitement l’étincelle de Hache, un jeune homme en quête de sens et de liberté. Eusebio Poncela, avec son regard cynique et son humour noir, apporte une dimension supplémentaire au film, incarnant le personnage de Martín. Et Cecilia Roth, dans le rôle d’Alicia, la maîtresse de Martín, est tout simplement bouleversante. Un véritable festival d’acteurs à la hauteur de l’enjeu.
La durée du film, de 134 minutes, permet d’explorer en profondeur les thèmes abordés : la paternité, l’amour, la drogue, la crise d’identité. Chaque personnage est un miroir déformant des travers de la société. La consommation de drogues, par exemple, n’est pas présentée comme une solution, mais comme une forme d’évasion, une tentative désespérée de combler un vide intérieur. Un constat lucide et sans complaisance.
Martín (Hache) n’est pas simplement un film, c’est une expérience. Un film qui vous marque, qui vous interroge, qui vous laisse avec un sentiment d’inachevé. Un chef-d’œuvre du cinéma argentin, et un témoignage poignant de son époque. Un film à voir, et à revoir, pour en saisir toute la complexité et la profondeur. La victoire de Cecilia Roth à Cannes, avec la statuette de la meilleure actrice, n’est que l’une des nombreuses reconnaissances de cette œuvre majeure.
