Science et humour : une drôle d'équation ?

L'image du scientifique, absorbé par ses équations et ses protocoles, est tenace. Pourtant, une nouvelle étude confirme ce que beaucoup suspectaient : l'humour a du mal à s'inviter dans les conférences scientifiques. Une constatation qui, paradoxalement, soulève des questions essentielles sur la communication de la science et son accessibilité au grand public.

Une rareté statistique : les blagues en milieu scientifique

Une rareté statistique : les blagues en milieu scientifique

Selon une recherche récente publiée dans les Proceedings of the Royal Society B, les scientifiques ne lancent en moyenne que 1,6 blagues par présentation, et 66% d'entre elles ne suscitent que des sourires polis. Ce chiffre, bien que potentiellement subjectif, illustre une certaine réticence à l'humour dans un domaine réputé pour sa rigueur et sa précision. Le travail de Stefano Mammola et ses collègues de l'Institut national de recherche (Italie) vient confirmer une observation que j'avais moi-même faite il y a plus de deux décennies, lors d'une expérience rigoureuse sur l'impact de l'humour dans la communication scientifique.

En effet, Timandra Harkness et moi-même avons mené une sorte d'essai clinique, demandant à deux chercheurs, l'un utilisant l'humour et l'autre non, de présenter un sujet similaire devant un public. Le résultat ? Aucun impact significatif sur le niveau de rire. À l'époque, ce résultat avait quelque peu déçu, car il intervenait après une période où les noms de gènes laissaient présager une certaine légèreté – on se souvient de “cheapdate” ou “indy” – avant que le Comité d'organisation du génome humain ne mette un terme à ces fantaisies.

L'enjeu n'est pas de transformer la recherche en spectacle, mais de la rendre accessible. Une science trop austère risque d'éloigner le public, de le décourager face à des concepts complexes. Or, la science nous concerne tous, de la nourriture que nous mangeons aux villes que nous construisons. Il est de la responsabilité du scientifique de communiquer ses découvertes non seulement à ses pairs, mais aussi au grand public, et l'humour, utilisé avec discernement, peut s'avérer un allié précieux.

Des études, comme celle de 2025 intitulée “Wit Meets Wisdom”, ont démontré que l'humour peut renforcer la crédibilité et l'attrait d'un scientifique. Il est perçu comme plus digne de confiance, et ses conclusions sont moins susceptibles d'être contestées. Dans un contexte où la désinformation et le déni scientifique menacent des enjeux cruciaux comme la crise climatique ou la vaccination, chaque moyen de communication efficace compte. Un quiproquo bien placé peut faire la différence.

Il ne s'agit pas de forcer la blague, mais d'adopter un ton plus joueur, de briser la glace avec une touche d'humour. J'en suis témoin dans mon travail de communicateur scientifique : un peu d'absurde, comme une échelle pour mesurer la taille des tenrec basée sur des saucisses, ou une réflexion sur la possibilité de cloner Elvis avec un cheveu acheté sur eBay, permet d'engager le public et de susciter l'intérêt.

Alors, à ceux qui ont tenté, avec plus ou moins de succès, de faire rire leurs collègues lors des conférences de Mammola, je dis : ne baissez pas les bras ! Et à ceux qui ont osé publier un article dans Angewandte Chemie International Edition sur un “substitut inhabituel dans un cycle d'arsole”, je dis : il n'y a absolument rien de drôle là-dedans, mais l'effort est louable.