Un ancien constructeur brise sa carrière pour s'engager au cœur de l'histoire autochtone
Andrew Thorpe a laissé ses outils de chantier derrière lui pour se lancer dans une bataille politique inédite. Un choix audacieux qui résonne avec force dans un Australie en pleine mutation, alors que l'État du Victoria trace une voie pionnière vers la réconciliation, via un traité historique.
Un héritage familial au service d'une cause
Pour Thorpe, ce n'est pas un virage à 180 degrés, mais plutôt une étape naturelle dans un combat familial de longue date. Sa mère, Lidia Thorpe, sénatrice indépendante, et son oncle, Robbie Thorpe, sont des figures emblématiques de la lutte pour les droits des Aborigènes depuis des décennies. « Il est temps de prendre le relais », a déclaré Thorpe à Guardian Australia, après avoir quitté son emploi dans la construction la semaine dernière. Le Gunnai et Gunditjmara est résolu : que ce soit en participant à l'élaboration du traité ou non, il se consacrera à aider sa communauté.

Un nouveau chapitre pour l'assemblée des peuples premiers
Thorpe se présente aux élections de l'Assemblée des Peuples Premiers du Victoria, une instance inédite créée à la suite de la signature du premier traité entre un gouvernement d'État et les propriétaires traditionnels en novembre dernier. Il concourt dans la région du sud-est, où il est connu pour son engagement en tant que marathonien et défenseur de la santé mentale, offrant des formations de premiers secours en santé mentale aux populations autochtones. L'enjeu est de taille : parmi 70 autres candidats, il devra convaincre les électeurs de le représenter dans cette région et contribuer à la formation de Gellung Warl, le nouveau nom de l'Assemblée, qui siégeera à partir de mai.

Une voie unique vers la réconciliation
Si Gellung Warl ne disposera pas de pouvoirs législatifs, elle aura la capacité d'interroger les ministres et de conseiller le gouvernement sur les propositions affectant les populations autochtones. Son rôle sera également crucial dans la mise en œuvre des réformes négociées par le traité, notamment la révision des programmes scolaires d'histoire, l'allocation de subventions pour les infrastructures communautaires autochtones, et l'adoption de politiques de double nommage. Alors que d'autres États australiens peinent à avancer, voire reculent, le Victoria se distingue par sa détermination à construire un avenir plus juste et équitable. Le Queensland a abandonné son projet de traité en mars 2024, tandis que le Territoire du Nord a vu son processus traité démantelé en 2025.

L'importance cruciale de l'expérience vécue
Jarvis Atkinson, candidat dans la région du nord-est, insiste sur l'importance de l'expérience vécue pour représenter la communauté autochtone. Lui-même ayant connu les difficultés du système judiciaire et de l'itinérance dès son plus jeune âge, il a travaillé pour l'Assemblée des Peuples Premiers en tant qu'officier d'engagement, sensibilisant les jeunes aux enjeux du traité. « Je m'engage avec empathie, fort de la connaissance de ce que traversent les autres », explique-t-il. De même, Meriki Onus, candidate dans la région métropolitaine, souligne la nécessité d'une « vision transformatrice » pour Gellung Warl, ancrée dans la souveraineté des peuples autochtones.
Face à l'opposition du parti libéral victorieux, qui promet de démanteler le projet de traité dès son arrivée au pouvoir, Ngarra Murray, co-président de l'Assemblée des Peuples Premiers, rappelle que « toute formation politique sincère dans la réduction des inégalités doit écouter les recommandations de la Commission de la productivité : placer la prise de décision entre les mains des peuples autochtones. » Le chemin est encore long, mais la détermination de Thorpe et des autres candidats témoigne d'une volonté inébranlable de transformer le dialogue en action concrète.
