De la dislocation monétaire : une réflexion sur l'histoire et l'éthique

Introduction et contexte

Cet écrit, initialement rédigé en 2009 et repris en 2015, s'inscrit dans une démarche d'approfondissement de l'histoire monétaire internationale, particulièrement en période de crise universelle. Il s'apparente structurellement au livre publié en février 2015, Autopsie d'un désastre économique, explorant les racines historiques et philosophiques des difficultés économiques actuelles. L'accent est mis sur l'importance de l'histoire, ou « historytelling » selon les anglophones, pour comprendre le mouvement historique en cours, notamment l'histoire du système dollar et la Confiscation Act de Roosevelt.

Aristote et le sens de l'être social

Aristote fonde sa pensée sur l'idée que l'homme est un animal social, doté de la capacité de distinguer le bien du mal et le juste de l'injuste. La parole, pour Aristote, permet d'exprimer l'utile et le nuisible, et donc le juste et l'injuste. Contrairement au comportement animal, programmé par la nature autour de la hiérarchie, la nourriture, le territoire et le sexe, le comportement humain est guidé par la réflexion et un ordre des valeurs, transformant les sentiments éthiques en concepts.

La loi des contraires et la justice

Au sein de la dimension axiologique humaine, la loi des contraires est omniprésente, comme dans le monde physique. Le juste est un milieu entre des extrêmes, une proportion. La justice corrective, par exemple, vise à rétablir l'équilibre entre une perte et un gain. Aristote considère le juge comme la justice incarnée, un tiers impartial chargé de maintenir la balance. La justice s'objective dans l'ordre social à travers la justice corrective et la justice distributive, toutes deux fondées sur le droit.

L'économie et la politique comme manifestations du droit

Pour Aristote, l'économie (oikos-nomos) et la politique sont des manifestations du droit, des prolongements de l'éthique. L'échange, consubstantiel à l'être humain, se développe de la famille au troc, puis à l'échange monétarisé. Le marché à long distance, et donc international, est le point de départ du marché monétarisé, avec l'or comme valeur d'échange privilégiée, point d'ancrage idéal de la valeur d'échange.

La monnaie : mesure universelle et pouvoir politique

Aristote distingue la monnaie comme mesure universelle (l'or brut) et la monnaie particulière (la monnaie frappée par un État). La monnaie particulière est une manifestation du pouvoir de l'État, mais aussi garantie par lui. L'État peut ainsi sauvegarder l'égalité proportionnelle dans l'échange tout en maintenant le lien universel. L'échange est consubstantiel à la vie sociale, nécessitant des mesures communes, dont la monnaie est la manifestation principale.

Le libéralisme politique et économique : une critique aristotélicienne

L'analyse s'interroge sur la condamnation du prêt avec intérêt par Aristote dans La Politique, qui semble bloquer le développement de l'accumulation élargie et du capitalisme. Cependant, la notion de monnaie comme produit du droit (nomisma) suggère que ce passage pourrait être apocryphe. La légitimation du crédit par Aristote, et la distinction entre usure et intérêt, ouvrent une perspective critique sur le développement économique moderne.