La procrastination : une porte vers la découverte de soi, selon la sagesse médiévale

Les piles de devoirs corrigés s'accumulent, l'eau de la tisane est froide, et l'envie irrépressible de consulter Wikipedia pour connaître la date de naissance de David Hasselhoff a pris le dessus. Reconnaissez-vous le tableau ? Loin d'être une simple perte de temps, cette procrastination pourrait, selon une perspective inattendue, être une voie vers une compréhension plus profonde de nous-mêmes.

L'acédie : bien plus que de la paresse

La psychologie moderne associe la procrastination à l'anxiété, à la perte d'estime de soi et même à la dépression. Les magazines nous assaillent de conseils pour « arrêter de procrastiner, MAINTENANT ! ». Pourtant, une lecture attentive des textes médiévaux révèle une nuance essentielle : la procrastination n'est pas synonyme de paresse. Le terme grec original, acedia, et sa traduction latine, accedie, désignaient un état bien plus complexe, une combinaison de boredom, de dépression, d'anxiété et de désespoir. C'est la sensation d'être un navire sans gouvernail, conscient de la direction à prendre, mais incapable de s'y engager.

Contrairement à l'idée reçue, l'acedia n'est pas un ennui sans direction ; c'est un ennui malgré une direction. Dante Alighieri, dans son œuvre majeure, La Divine Comédie, a saisi cette subtilité en décrivant l'ennui comme un moyen d'anesthésier l'esprit, nous rendant vulnérables à la manipulation et aux plaisirs éphémères.

Transformer l

Transformer l'ennui en opportunité

Les théologiens médiévaux, loin de chercher à éradiquer les « péchés capitaux », considéraient qu'ils faisaient partie intégrante de la condition humaine. La solution ne résidait pas dans la suppression de la procrastination, mais dans son orientation vers quelque chose de bénéfique. Bernard de Clairvaux, figure emblématique de l'intellectualisme monastique, comparait la vie à un marathon sur un terrain accidenté : il est inévitable d'avoir des jours de faiblesse, de lassitude, mais il est crucial de rester éveillé et engagé.

Dante lui-même, confronté à une période de profonde accédie, a trouvé refuge dans la lecture de Boèce et de Cicéron. En cherchant à apaiser sa souffrance, il a découvert une passion pour la philosophie, une révélation qui allait transformer sa vie. Il comprit que l'écriture, poursuivie dans la quête de la vérité plutôt que dans la satisfaction de ses ambitions, ne pouvait être source de misère.

Comme l'affirme le Summa de vitiis, un best-seller du XIIIe siècle, « un champ qui donne un abondant fruit après des épines et des ronces est plus aimé qu'un champ qui, bien qu'il n'ait jamais eu d'épines ou de ronces, n'ait jamais vraiment donné beaucoup de fruit ». Ainsi, la procrastination peut être vue comme une pause nécessaire, une respiration avant de reprendre le cours de la vie.

Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à déambuler sur Wikipédia au lieu de corriger vos devoirs, souvenez-vous : vous pourriez être en train de découvrir quelque chose de précieux, même sur la page David Hasselhoff.