Le cirque de disney : barnum et ses fantômes sur scène

Bristol s'embrase. Non pas par un feu incontrôlable, mais par l'énergie débridée du spectacle The Greatest Showman, transposé sur les planches. Après un succès cinématographique discutable, la production Disney tente une auberge de l'espoir au Théâtre Hippodrome, avant une potentielle conquête de la scène londonienne. Mais derrière les paillettes et les numéros acrobatiques, une question lancinante persiste : ce spectacle lave-t-il vraiment la réputation d'un homme dont l'ambition a trop souvent piétiné l'humanité ?

Une mise en scène audacieuse, un pari risqué

Casey Nicholaw, maître d'œuvre de cette adaptation, a opté pour une extravagance visuelle sans limites. Les coulisses du Hippodrome, métamorphosées, témoignent d'une transformation radicale pour accueillir cette production ambitieuse. Le résultat ? Un tourbillon de couleurs, de musique entraînante et de numéros aériens époustouflants. Oliver Tompsett, dans le rôle de P.T. Barnum, canalise l'énergie de Hugh Jackman, bien que son interprétation semble volontairement édulcorée, cherchant à adoucir les contours d'un personnage historiquement complexe.

Samantha Barks, en Charity Barnum, apporte une touche de sensibilité à cette fresque circassienne. Les deux acteurs, issus du monde de la comédie musicale, semblent parfaitement à l'aise dans cet univers, et la chimie qui les unit est indéniable.

Mais le spectateur averti ne peut s'empêcher de se demander si cette version théâtrale ose véritablement confronter le public à la réalité sombre de l'homme derrière le spectacle. Barnum, le bâtisseur de rêves, était aussi un manipulateur, un exploiteur, un personnage dont le parcours laisse un goût amer. Le spectacle effleure ces aspects, mais sans les explorer avec la profondeur qu'ils mériteraient.

Entre nostalgie et questionnement éthique

Entre nostalgie et questionnement éthique

Le succès du film The Greatest Showman reposait en grande partie sur son soundtrack fédérateur et son message d'acceptation de soi. Les nouvelles compositions de Benj Pasek et Justin Paul, les mêmes génies derrière Dear Evan Hansen, renforcent cette dimension émotionnelle, mais ne parviennent pas à masquer complètement les failles du récit. Le spectateur moderne, plus sensible aux questions d'éthique et de respect de la dignité humaine, se trouvera inévitablement confronté à un paradoxe : apprécier le spectacle tout en condamnant les méthodes de son créateur.

La représentation de Joice Heth, une femme afro-américaine âgée et handicapée présentée par Barnum comme une centenaire, est particulièrement troublante. Le film original avait choisi de l'omettre, mais la production théâtrale semble vouloir l'intégrer, sans pour autant apporter une véritable critique de cette exploitation. Des choix discutables, qui témoignent d'une volonté de ne pas trop s'éloigner du succès commercial du film original.

Anne Quart, directrice de production chez Disney Theatrical Group, l'admet : « Nous ne cherchons pas à faire une reconstitution historique rigoureuse, mais une fable inspirée par la vie de P.T. Barnum. » Une approche qui peut satisfaire les spectateurs en quête de Divertissement, mais qui laissera sur leur faim ceux qui attendent une exploration plus profonde des contradictions de ce personnage controversé.

Le spectacle, qui connaît un succès retentissant à Bristol, pourrait bien trouver sa place au Theatre Royal Drury Lane, libéré prochainement par Frozen. Une perspective qui soulève de nouvelles questions : Disney est-il prêt à assumer pleinement les responsabilités de cette adaptation, ou se contentera-t-il de surfer sur la vague du succès, en occultant les zones d'ombre ?

La réponse se trouvera peut-être dans la réaction du public, mais une chose est sûre : The Greatest Showman au théâtre, c'est un pari audacieux qui oscille entre Divertissement grand public et interrogation morale.