Argentina: surplus fiscal illusoire masqué par des manœuvres budgétaires

Buenos Aires est en proie à une situation financière délicate. Le superavit fiscal affiché par le ministre de l'Économie, Luis Caputo, semble reposer davantage sur des artifices comptables que sur une réelle solidité économique, révélant une fragilité sous-jacente du système.

Une recette tributaire en berne

Le tableau est loin d'être idyllique. Si le gouvernement vante un superavit budgétaire grâce à des revenus exceptionnels et des ajustements sur les remboursements d'impôts, la réalité est plus sombre. La collecte fiscale a chuté en mars, marquant huit mois consécutifs de recul réel, c'est-à-dire inférieur à l'inflation. En mars, le fisc national a ramassé 16,1 billions de pesos, soit une augmentation nominale de 26,2 % par rapport à l'année précédente, mais sept points de pourcentage en dessous de l'IPC, qui a augmenté de 33,1 % sur la même période. Cette divergence alarmante entre l'inflation et les recettes fiscales met en péril l'équilibre des comptes publics.

L'Agence de Recaudación y Control Aduanero (ARCA) pointe du doigt les impôts liés à l'activité économique, tels que la TVA et l'impôt sur les bénéfices, comme principaux responsables de cette baisse. L'absence de versements anticipés de l'impôt sur les bénéfices des sociétés et des particuliers, ainsi que la réduction des retenues sur les céréales et les oléagineux, ont pesé sur la collecte. Il ne s'agit pas d'une simple fluctuation, mais d'un symptôme d'un malaise plus profond.

Des tensions avec les exportateurs et un ajustement à venir

Des tensions avec les exportateurs et un ajustement à venir

Le maintien du superavit budgétaire au cours du premier bimestre a été rendu possible grâce à des revenus extraordinaires, notamment la vente de la centrale hydroélectrique Comahue, et à des manœuvres sur les remboursements d'impôts qui ont créé des tensions avec les exportateurs. Le non-remboursement de la TVA aux exportateurs en février, une mesure visant à épargner des liquidités à l'État, a engendré une perte de compétitivité pour le secteur, qui s'est vu exporter des impôts. Les chambres de commerce ont d'ores et déjà annoncé une action en justice pour faire rectifier cette situation.

Parallèlement, la réforme du travail, bien que présentée comme un moteur de la croissance, implique de nouvelles exigences d'ajustement budgétaire. La création du Fonds d'Assistance au Travail (FAL) et la réduction des cotisations patronales pour les nouvelles embauches pèsent sur les finances publiques. LCG estime qu'il faudrait formaliser 1,1 million d'emplois pour compenser le coût du FAL, ce qui représente une augmentation significative de la formalisation et une baisse de l'informalité.

Caputo : entre confiance et inquiétude

Caputo : entre confiance et inquiétude

Luis Caputo se montre confiant quant à l'avenir économique de l'Argentine, misant sur la formalisation de l'Économie et la loi sur l'innocence fiscale pour stimuler les recettes. Mais il confesse une inquiétude quant à la vitesse de cette reprise, soulignant que la réaction du secteur privé est déterminante. Le faible accroissement des dépôts en dollars, de 36,641 milliards à 38,483 milliards de dollars entre le 1er décembre 2025 et le 20 mars, témoigne d'une adhésion limitée au Régime Simplifié de Bénéfices (RSG), malgré les incertitudes juridiques et fiscales persistantes. Le défi est immense et l'équilibre budgétaire, pour l'heure, reste un château de cartes.