Argentine bcra : 61 jours d'achats massifs de dollars, mais les réserves stagnent

Buenos Aires – Le Banco Central de la República argentine (BCRA) a franchi un cap notable : 61 jours consécutifs d'acquisition de dollars, une démonstration de force sur les marchés de change. Pourtant, cette accumulation impressionnante de devises ne se traduit pas par une augmentation équivalente des réserves internationales, révélant une réalité économique plus complexe et nuancée. Une situation qui interroge sur la véritable capacité du pays à se prémunir contre les turbulences futures.

Un effort monétaire colossal, mais un résultat mitigé

Un effort monétaire colossal, mais un résultat mitigé

Depuis le début de l'année, le BCRA a investi plus de 4,5 milliards de dollars pour soutenir la monnaie locale, dépassant même les 45% de l'objectif annuel fixé par l'équipe économique. Un chiffre impressionnant, qui témoigne d'une volonté affirmée de stabiliser le peso. Cependant, la réalité sur le terrain est moins réjouissante : les réserves internationales oscillent, peinant à suivre le rythme des achats massifs du BCRA.

Le hic ? L'intervention du BCRA est contrariée par la demande soutenue de dollars de la part du Trésor public, contraint de faire face à des échéances de dettes impayables. Des données révélées par Portfolio Personal Inversiones (PPI) confirment que le Trésor a directement racheté 115 millions de dollars au BCRA le 30 mars, justifiant ce mouvement par le remboursement de 166 millions de dollars au Club de Paris. Un cycle de rachats et de paiements qui grève lourdement les réserves du pays.

Federico Machado, économiste réputé, souligne que malgré ces efforts considérables, les Réserves Nettes restent pratiquement inchangées depuis le début de l'année. Entre le 31 décembre 2025 et le 31 mars 2026, le BCRA a injecté 4,382 milliards de dollars, auxquels s'ajoutent 3 milliards de dollars provenant d'opérations de rachat (REPO) et 575 millions de dollars de gains nets sur les prix. Mais, l'augmentation des passifs à un an du BCRA – 4,206 milliards de dollars – et les paiements massifs du Trésor – 3,659 milliards – ont effacé ces gains.

La situation est d'autant plus préoccupante que les estimations pour le second trimestre laissent présager une légère amélioration, avec une diminution des obligations financières et un afflux de devises lié à la récolte de la graine. Une lueur d'espoir, mais qui ne doit pas masquer la fragilité de la situation.

Pour soutenir ses achats quotidiens, le BCRA a eu recours à l'émission de pesos, une stratégie qui a nécessité la mise en place de mesures pour limiter l'impact sur la base monétaire et l'inflation. Le Trésor, de son côté, a émis de la dette en monnaie locale pour absorber une partie de cette liquidité. Un jeu d'équilibriste complexe, dont l'issue reste incertaine.

Santiago Bausili, président du BCRA, a insisté sur le fait que l'accumulation des réserves dépendra de la capacité du pays à trouver un équilibre entre la demande de pesos et l'offre de dollars. Les chiffres officiels projettent une acquisition de réserves entre 10 et 17 milliards de dollars pour l'année 2026. Les réserves internationales se situent actuellement à 44,442 milliards de dollars, une légère augmentation due en partie à la valorisation des actifs, notamment l'or, exacerbée par la crise au Moyen-Orient. L'argentine se trouve à la croisée des chemins, jonglant avec des ambitions de renforcement de ses réserves et les impératifs d'un Trésor subissant la pression des échéances.