Argentine: le parc automobile vieillit, un défi géopolitique croissant
L'Argentine, malgré une reprise notable des ventes automobiles en 2025 (+47%), se retrouve confrontée à un paradoxe inquiétant : son parc automobile continue de vieillir, atteignant un âge moyen de 14,8 ans. Un chiffre qui, au-delà des statistiques, soulève des questions sur la compétitivité économique du pays et sa capacité à embrasser les technologies de demain.
Un vieillissement structurel du parc
Les données compilées conjointement par l'AFAC et Promotive révèlent une tendance persistante. Si les ventes ont rebondi, passant de 414.000 en 2024 à plus de 612.000 véhicules immatriculés en 2025, cela ne suffit pas à compenser l'usure du parc existant. Plus de 4,3 millions de véhicules, dont un pourcentage alarmant datant de l'an 2000, sillonnent encore les routes argentines. La coexistence de modèles obsolètes et de véhicules plus récents est devenue une réalité quotidienne, témoignant d'un manque d'investissement dans le renouvellement du parc.
La comparaison avec d'autres nations est édifiante. Alors que la moyenne européenne se situe autour de 12,7 ans, et des pays comme la Lituanie affichent un parc particulièrement jeune (1,8 an), l'Argentine se rapproche dangereusement des performances grecques (17,8 ans). Les États-Unis, le Canada, l'Australie et le Japon présentent des chiffres plus favorables, soulignant un écart significatif en termes de modernisation et d'investissement dans les transports.

Un cercle vicieux difficile à briser
Le renouvellement du parc automobile argentin se heurte à un obstacle majeur : le faible taux de remplacement des véhicules. Seulement 45.000 véhicules sont remplacés chaque année, un chiffre dérisoire comparé aux 4,3 millions de véhicules à remplacer. Pour inverser cette tendance, il faudrait multiplier par dix le nombre de véhicules neufs vendus annuellement, une perspective financièrement irréaliste pour la plupart des Argentins. La solution, selon les experts, réside dans l'établissement d'un mécanisme incitatif, tel qu'un programme de « plan de démotorisation », qui permettrait de retirer de la circulation les véhicules les plus anciens contre une prime à la conversion. Mais cette idée, bien que discutée, reste pour l'instant sans suite concrète.
L'impact de ce vieillissement structurel va bien au-delà des considérations environnementales. Il pèse sur la compétitivité des entreprises, affecte la qualité de l'air dans les grandes villes et freine l'adoption de technologies plus propres et plus efficaces. Le ratio de 2,9 habitants par véhicule en Argentine, bien que similaire à celui du Mexique, reste supérieur à celui de pays comme l'Allemagne (1,6) et les États-Unis (1,1), témoignant d'une moindre efficacité du système de transport.
Le parc automobile argentin est également dominé par les moteurs thermiques (63,5%), avec une faible pénétration des véhicules hybrides (0,4%) et électriques (0,02%). Une situation qui reflète un retard technologique et une dépendance aux énergies fossiles.
La situation actuelle révèle une vulnérabilité économique et technologique de l'Argentine. Plus qu'une simple question d'automobile, il s'agit d'un symptôme d'un problème plus profond : le manque d'investissement et de vision à long terme dans un secteur crucial pour le développement du pays. Le défi est immense, mais la nécessité de moderniser le parc automobile est devenue une priorité incontournable pour l'avenir économique et environnemental de l'Argentine.
