Crise climatique : un nouveau front s'ouvre-t-il en colombie ?
La guerre en Iran, souvent perçue comme un conflit géopolitique sanglant, révèle une réalité plus profonde : elle est aussi une guerre pour le climat. Les perturbations des chaînes d'approvisionnement en pétrole, gaz, engrais et autres marchandises vitales, exacerbées par les destructions liées aux combats, sont un rappel brutal des risques inhérents à une Économie mondiale dépendante des énergies fossiles. Chaque jet, chaque missile, chaque porte-avions qui s'écrase laisse derrière lui des millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre, rapprochant la planète d'un point de non-retour.

Les petrostats face à l'urgence climatique
Paradoxalement, les dirigeants des États producteurs de pétrole, conscients de l'urgence, semblent s'obstiner à freiner toute tentative de correction de trajectoire. Le récent sommet Cop30 à Dubaï en est la parfaite illustration : l'Arabie Saoudite a orchestré un bloc de nations pour bloquer toute mention d'une « feuille de route » pour la phase-out progressive des combustibles fossiles, voire l'évocation même du terme. Mais un espoir discret se profile à l'horizon.
Entre le 28 et le 29 avril, la Colombie accueillera une conférence internationale qui pourrait bien renverser la tendance. Ce « Premier Congrès International sur la Transition Juste loin des combustibles fossiles » se distinguera par une approche inédite : au lieu du consensus requis par l'ONU, il sera régi par le principe de la majorité. Cette disposition cruciale permettra d'éviter qu'un petit groupe de pays, à l'instar des petrostats à Cop30, ne sabote les progrès.
L'enjeu ne sera plus tant politique que économique. Les négociations diplomatiques, souvent diluées dans des jargons complexes, passeront au second plan. Ce qui prévaudra, ce sont les forces implacables du marché, y compris l'émergence potentielle d'une nouvelle superpuissance économique. L'initiative, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, est riche en symbolisme : la Colombie est le cinquième exportateur mondial de charbon, tandis que Royal Dutch Shell est l'un des plus grands producteurs pétroliers au monde.
Les organisateurs ont invité les 85 pays qui ont soutenu la proposition de feuille de route à Cop30, ainsi que des dirigeants d'entités subnationales, dont le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, un candidat potentiel à la présidence américaine en 2028. L'objectif est clair : élaborer cette feuille de route bloquée à Dubaï. Les ministres de l'énergie et de l'environnement de pays formant une « coalition de la volonté » partageront leurs plans pour une transition économique loin du pétrole, du gaz et du charbon, sans abandonner les travailleurs et les communautés locales.
Cette conférence ne se limitera pas aux gouvernements. Des militants écologistes, des représentants des peuples autochtones, des syndicats et d'autres acteurs de la société civile se joindront à la discussion, partageant leurs idées et expériences pour transformer l'objectif abstrait de la phase-out progressive en une réalité concrète. L'ambition est d'aboutir à des « solutions réalisables » que les réunions ultérieures pourront affiner, afin de les mettre en œuvre à l'échelle mondiale. Un point crucial sera la suppression des 7 000 milliards de dollars par an consacrés aux subventions des énergies fossiles, et ce, sans pénaliser les communautés, les travailleurs et les finances publiques qui en dépendent.
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a même exhorté l'Agence internationale de l'énergie à créer une « plateforme mondiale » où les acteurs du secteur public et privé pourraient « ordonner le déclin des investissements dans les combustibles fossiles parallèlement à une augmentation rapide des énergies propres ». La force de cette « coalition de la volonté » réside dans son potentiel économique colossal. Ces 85 pays, dont l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l'Espagne, représentent un produit national brut combiné de 33,3 billions de dollars, supérieur à celui des États-Unis (30,6 billions) et de la Chine (19,4 billions).
Le marché réagit déjà : l'annonce d'une telle coalition pourrait provoquer des ondes de choc sur les marchés financiers, dans les ministères et les salles de conseil du monde entier. Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, le souligne : « Une coalition de cette envergure signalant son intention de s'éloigner des combustibles fossiles enverrait un message clair : l'ère du pétrole, du gaz et du charbon touche à sa fin, et les investissements se tournent vers des alternatives plus durables. »
L'histoire nous enseigne que les promesses internationales peuvent se traduire par des actions concrètes. L'accord de Paris de 2015, qui visait à limiter le réchauffement climatique à bien « en dessous de 2 °C » et à viser 1,5 °C, a déjà entraîné un changement de cap : réduction des projets d'expansion des combustibles fossiles et augmentation des investissements dans les énergies renouvelables. La trajectoire était initialement orientée vers un réchauffement catastrophique de 4 °C, avant de s'orienter vers un avenir de 2,7 °C, encore trop élevé, mais un progrès significatif.
L'ajout de la Californie, avec son PIB de 4,1 billions de dollars, à cette coalition pourrait créer une superpuissance économique d'une valeur de 37,4 billions de dollars, rivalisant avec le PIB combiné des États-Unis et de la Chine. Le gouverneur Newsom a affirmé que la Californie, malgré le retrait des États-Unis de l'accord de Paris sous l'administration Trump, « comblerait ce vide » en devenant un leader mondial dans les technologies vertes.
Le Congrès International sur la Transition Juste souligne un point souvent négligé dans le débat sur le climat : une écrasante majorité de la population mondiale (80 à 89 %) souhaite que leurs gouvernements prennent des mesures plus ambitieuses. La science a clairement établi que la phase-out progressive des combustibles fossiles est indispensable pour limiter le réchauffement climatique à un niveau supportable par notre civilisation. Cette conférence représente une opportunité unique de renverser la tendance et d'entamer cette tâche urgente.
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