Crise énergétique : l'ère des états électriques remplace les petrostats

Le baril de pétrole flirte avec les 110 dollars, et les prévisions les plus sombres évoquent un seuil des 150. Mais la flambée des prix de l'énergie ne se limite pas au pétrole. La hausse spectaculaire des prix alimentaires, conséquence directe de la pénurie d'engrais, alarme le Programme Alimentaire Mondial, qui prévoit des niveaux record d'insécurité alimentaire et propulse 45 millions de personnes supplémentaires vers la famine. Un cocktail explosif qui révèle la fragilité de nos économies face à une dépendance fossile tenace.

La guerre en iran : un nouveau séisme géopolitique

L'impact de la guerre entre Israël et le Hamas, et par ricochet sur l'Iran, s'ajoute à une série de chocs successifs – l'invasion russe de l'Ukraine et la pandémie de Covid-19 – qui ont ébranlé l'Économie mondiale. Simon Stiell, le haut responsable du climat de l'ONU, l’a dit avec une lucidité glaçante : la dépendance aux combustibles fossiles est un fardeau pour la sécurité nationale et la souveraineté. Elle nous rend subordonnés et expose à des coûts exorbitants.

L'analyse récente du Guardian a mis en lumière les dix nations les plus responsables des émissions de gaz à effet de serre, révélant une fracture profonde : d'un côté, les nations attachées au pétrole, déterminées à en extraire la dernière goutte ; de l'autre, celles qui embrassent une voie à faible émission de carbone, cherchant à se libérer du joug du pétrole et à éviter la catastrophe climatique. Une véritable ligne de démarcation s'établit : l'aube des “électro-états” face aux “pétro-états” du passé.

La chine : le phare de la transition énergétique

La chine : le phare de la transition énergétique

John Kerry, l'ancien secrétaire d'État américain, l'a affirmé sans ambages : “Nous sommes au seuil de l'ère des électro-états, et l'électricité est le Saint Graal.” La Chine, avec ses investissements massifs dans les énergies renouvelables, semble confirmer cette vision. L'année dernière, la production d'électricité à partir de sources à faible émission de carbone a dépassé celle du charbon pour la première fois. Les investissements dans les énergies propres dépassent désormais ceux des combustibles fossiles d’un ratio de deux pour un. Plus surprenant encore, la production de charbon a diminué en Chine et en Inde pour la première fois depuis les années 1970.

Li Shuo, directeur du China Climate Hub à l'Asia Society Policy Institute, se montre confiant : “Ce schéma d’émissions est, espérons-le, une tendance durable. Il n’existe aucun groupe d’intérêt en Chine qui plaide pour un retour au charbon.” Avec l’ajout de 360 GW de nouvelles capacités solaires et éoliennes en 2024 et 430 GW prévues en 2025, l’énergie propre stimule désormais un tiers de la croissance du PIB chinois. Mais la question demeure : le modèle hybride, combinant charbon et énergies renouvelables, sera-t-il abandonné au profit d’une domination des batteries ?

L

L'inde : un géant en marche

L'Inde, la nation la plus peuplée du monde, a récemment dévoilé un nouveau plan national de réduction des émissions, fixant un objectif de 60 % d’électricité à faible émission de carbone d’ici 2035. Bien que ces objectifs ne soient pas particulièrement ambitieux, compte tenu de la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables, ils représentent un pas en avant pour un pays qui a célébré sa production d'un milliard de tonnes de charbon l'année dernière.

Arunabha Ghosh, directeur du think tank Council on Energy, Environment and Water, souligne : “À une époque où les conflits et les préoccupations liées à la sécurité énergétique éloignent les pays de leurs engagements climatiques, le nouveau NDC de l'Inde envoie un signal important : il suggère que l'Inde intègre l'idée d'une Économie verte dans sa stratégie de développement et de croissance économique.”

Entre petrostats et électro-états : un monde en mutation

Entre petrostats et électro-états : un monde en mutation

Le panorama des émissions mondiales est loin d'être monochrome. Même les électro-états peinent à afficher une pureté exemplaire. L'Allemagne, pionnière des énergies solaire et éolienne, maintient son attachement au gaz et recule sur ses réformes de chauffage à faible émission de carbone. Quant au Japon, il a déçu, adoptant une posture discrète lors des négociations internationales sur le climat et présentant un NDC jugé largement insuffisant.

L’Indonésie, quant à elle, a vu ses plans ambitieux de “transition juste” – visant à passer des combustibles fossiles aux énergies propres tout en préservant l'emploi – s’enliser face aux intérêts particuliers et à une résurgence de l'exploitation minière du charbon. Et l'Iran, ravagé par la guerre, pourrait se replier sur les combustibles fossiles pour reconstruire son Économie, ouvrant la voie à une possible intervention de Donald Trump.

Paradoxalement, la destruction causée par la guerre en Iran pourrait révéler une opportunité : le pays possède une infrastructure pétrolière et gazière parmi les plus obsolètes au monde, perdant jusqu'à 40 % de son gaz naturel (méthane) à cause de fuites et de brûlages. Si cette infrastructure pouvait être reconstruite selon des normes plus strictes, cela pourrait avoir un impact significatif sur le statut de l'Iran en tant que l'un des principaux “super-émetteurs” de méthane.

Mais la menace la plus immédiate émane de la Russie, dont Vladimir Poutine utilise le pétrole et le gaz comme armes de guerre. Avec une production de pétrole et de gaz derrière les États-Unis et l'Arabie saoudite, la Russie s'accroche à ses profits, ignorant les signaux d'alarme climatiques. Un appel à l'action clair s'impose : stopper l'achat de leurs produits. L'heure est grave. L'avenir de la planète dépend des choix que feront les nations les plus puissantes.

n