Guerre en ukraine : le climat, un enjeu caché et crucial
Les bombardements sur l'Ukraine ne détruisent pas seulement des vies et des infrastructures ; ils accélèrent une crise climatique déjà alarmante. Derrière les images déchirantes des destructions, se profile une réalité moins visible, mais tout aussi préoccupante : le conflit, comme nombre de conflits armés modernes, est aussi une guerre pour les ressources et, par extension, une guerre contre le climat.
La dépendance aux énergies fossiles, un facteur aggravant
La perturbation des flux d'huile, de gaz, d'engrais et d'autres marchandises essentielles, conséquence directe du conflit, rappelle brutalement les risques inhérents à une Économie mondiale ancrée dans les énergies fossiles. Chaque jet de chasseur, chaque missile, chaque porte-avions, chaque raffinerie éventrée libère des tonnes de gaz à effet de serre, repoussant le système climatique vers un point de non-retour, tel que l'a alerté la communauté scientifique. Pourtant, les dirigeants des États pétroliers du monde entier s'obstinent à maintenir le statu quo, refusant une correction de trajectoire urgente.
Mais un mince espoir émerge. Lors de la COP30 de l'ONU à Dubaï en novembre dernier, l'Arabie saoudite a orchestré un blocage des appels à élaborer une « feuille de route » pour la suppression progressive des combustibles fossiles au niveau mondial. Le simple mot « combustibles fossiles » n'a même pas figuré dans le texte final. Une stratégie cynique, typique de ceux qui tirent profit de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz.

Un contre-pouvoir économique se dessine
Cependant, les 85 pays restés sur leur faim pourraient bien inverser la tendance. Ces nations se réuniront en Colombie du 28 au 29 avril pour une conférence inédite visant à amorcer une transition mondiale vers l'abandon du pétrole, du gaz et du charbon. Ce qui distingue cette conférence, c'est son fonctionnement : elle ne sera pas soumise aux règles de l'ONU, qui exigent le consensus, mais au principe de la majorité. Cela empêchera une poignée de pays de saboter les progrès, comme l'ont fait les États pétroliers à la COP30. Le terrain de jeu sera désormais économique, et non plus politique.
La conférence, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, est riche en symbolisme : la Colombie est le cinquième plus grand exportateur mondial de charbon, tandis que Royal Dutch Shell est l'une des plus grandes entreprises pétrolières au monde. Les organisateurs ont invité les pays qui ont soutenu la proposition de feuille de route à la COP30, ainsi que des dirigeants de collectivités locales, dont le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, un candidat potentiel à la présidence américaine en 2028. L'objectif est de finaliser cette feuille de route bloquée à Dubaï, en mettant en place des plans concrets pour une transition économique.
Cette initiative ne se limitera pas aux ministres de l'énergie et de l'environnement. Des militants écologistes, des représentants des peuples autochtones, des syndicalistes et d'autres acteurs de la société civile partageront leurs idées et leurs expériences pour transformer l'objectif abstrait de la suppression des combustibles fossiles en une réalité tangible. L'objectif ultime est de parvenir à des « solutions concrètes » qui pourront être affinées lors de réunions ultérieures et mises en œuvre par les gouvernements du monde entier.
Un axe majeur de la discussion sera la suppression des 7 000 milliards de dollars par an que les gouvernements consacrent à la subvention des combustibles fossiles, sans pour autant pénaliser les communautés, les travailleurs et les bases fiscales qui en dépendent. António Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a exhorté l'Agence internationale de l'énergie à créer une « plateforme mondiale » permettant aux acteurs du secteur public et privé de « planifier le déclin des investissements dans les combustibles fossiles parallèlement à une augmentation rapide des énergies propres ».

Un bloc économique majeur face aux oligarques pétroliers
La force de ce rassemblement en Colombie réside dans son potentiel à devenir une superpuissance économique. Les 85 pays qui ont soutenu la feuille de route à la COP30 représentent un produit intérieur brut (PIB) combiné de 33,3 billions de dollars, supérieur à celui des États-Unis (30,6 billions) et de la Chine (19,4 billions). Cette puissance économique confère à ces pays un levier considérable. Si les participants à la conférence sur la transition juste peuvent élaborer une feuille de route crédible pour la suppression des combustibles fossiles, elle pourrait provoquer des ondes de choc sur les marchés financiers, les ministères gouvernementaux et les salles de conseil du monde entier.
Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, l'a affirmé : « Un bloc de cette envergure signalant son intention de dépasser les combustibles fossiles enverrait un message sans équivoque : l'ère du pétrole, du gaz et du charbon est révolue, et les investissements intelligents se tournent vers l'avenir. » L'argent suit l'argent. Si une part importante de l'Économie mondiale annonce son intention d'abandonner les combustibles fossiles et publie des plans transparents et convaincants, les investisseurs privés et les planificateurs gouvernementaux du monde entier devront remettre en question la pertinence d'investir dans l'exploration pétrolière, l'exploitation minière du charbon ou les terminaux gaziers.
L'heure est venue de faire entendre la voix de l'énergie propre, fort et clair.
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