Guerre en ukraine : le climat, un enjeu caché et majeur
La guerre en Ukraine n’est pas seulement une tragédie humaine aux proportions considérables. Elle révèle aussi, avec une acuité nouvelle, l’interconnexion explosive entre conflits géopolitiques et crise climatique. Au-delà des destructions immédiates, la perturbation des flux pétroliers, gaziers, et des engrais, symptôme d’une Économie mondiale ancrée dans les énergies fossiles, sonne comme un avertissement.
La combustion des ambitions : un bilan carbone désastreux
Jets, missiles, porte-avions, et les infrastructures qu’ils réduisent en cendres : chaque explosion libère des tonnes de gaz à effet de serre, précipitant la planète vers un point de non-retour. Les scientifiques alertent : le système climatique est déjà au bord du gouffre, et les émissions liées à ce conflit ne font qu’aggraver une situation critique. Pourtant, les acteurs dominants de l’industrie pétrolière, à travers le monde, persistent dans une stratégie de blocage des mesures urgentes.
Mais un mince espoir se profile à l'horizon. Lors de la COP30 de l'ONU, l'Arabie Saoudite a orchestré un veto massif, empêchant l'adoption d'une feuille de route pour la sortie progressive des énergies fossiles. Les mots mêmes « énergies fossiles » ont été expurgés du texte final, un affront à la communauté internationale. Pourtant, 85 pays, laissés pour compte, s'apprêtent à inverser la tendance.

Une transition économique, pas seulement politique
Du 28 au 29 avril, la Colombie accueillera une conférence cruciale : la Première Conférence Internationale sur la Transition Juste loin des Énergies Fossiles. Contrairement aux négociations habituelles de l'ONU, soumises au consensus, cette rencontre sera régie par le principe de la majorité, une avancée majeure pour débloquer la situation. L'enjeu n'est plus seulement politique, mais économique : il s'agit de faire face aux forces du marché, y compris l'émergence potentielle d'une nouvelle superpuissance économique.
L’initiative, co-sponsorisée par la Colombie et les Pays-Bas – un contraste frappant, la Colombie étant le cinquième exportateur mondial de charbon et Royal Dutch Shell l’un des plus grands acteurs pétroliers – vise à élaborer la feuille de route bloquée à la COP30. Les ministres de l'énergie et de l'environnement de pays résolus à agir partageront leurs plans de transition économique, sans abandonner les travailleurs et les communautés concernées. Activistes climatiques, représentants des peuples autochtones, syndicalistes, et autres acteurs de la société civile convergeront pour transformer l'ambition abstraite de la sortie des énergies fossiles en réalité concrète.
L’objectif est d’aboutir à des solutions « actionnables », qui pourront être affinées lors de réunions ultérieures et mises en œuvre par les gouvernements du monde entier. Un enjeu majeur sera de gérer la fin des 7 000 milliards de dollars par an consacrés aux subventions aux énergies fossiles, sans pénaliser les populations, les travailleurs et les finances locales qui en dépendent.
António Guterres, secrétaire général de l'ONU, a exhorté l'Agence Internationale de l'Énergie à créer une plateforme mondiale permettant aux acteurs publics et privés de « séquencer le déclin des investissements dans les énergies fossiles avec l'augmentation rapide de l'énergie propre ». Le véritable atout de cette coalition d'engagés en Colombie réside dans son potentiel économique. Les 85 pays qui ont soutenu la feuille de route à la COP30 représentent un PIB combiné de 33,3 billions de dollars, supérieur à celui des États-Unis (30,6 billions) et de la Chine (19,4 billions). Une telle puissance économique confère à ce groupe un levier considérable.
Si cette conférence de la transition juste peut définir une feuille de route crédible pour la sortie des énergies fossiles, elle pourrait provoquer des ondes de choc sur les marchés financiers, dans les ministères et les salles de direction du monde entier. Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, l’a souligné : « Un groupe de cette ampleur signalant son intention de dépasser les énergies fossiles enverrait un message sans équivoque : l'ère du pétrole, du gaz et du charbon est révolue, et l’argent intelligent se réoriente ». L'histoire le prouve : après l'Accord de Paris de 2015, les engagements à limiter le réchauffement climatique ont conduit à un changement de cap, avec une réduction des projets d'expansion pétrolière et un investissement accru dans les énergies renouvelables. Le moment est venu de crier haut et fort le message de l'énergie propre.
