L'argent vert : l'agriculture propulse la récupération économique argentine

Buenos Aires – Le redressement économique argentin, longtemps hésitant, semble enfin trouver un moteur clair : l'agriculture. Après un février maussade, les données de mars révèlent une dynamique surprenante, dominée par une performance agricole spectaculaire qui éclipse les difficultés des autres secteurs.

Un bond interannuel de 15% pour le secteur agricole

Selon un rapport de la société de conseil Equilibra, l'Estimador Mensual de Actividad Económica (EMAE) a enregistré une croissance de 1% en termes désaisonnalisés en mars, par rapport à février. Mais ce sont les chiffres interannuels qui frappent : une progression de 1,5%, entièrement imputable à la performance du secteur agroalimentaire, qui a bondi de 15%. Cette performance contraste fortement avec le repli de 2,1% observé en mars 2025.

L’impact est tel que l'agriculture a contribué à 1,4 point de pourcentage à la croissance globale de l'EMAE, une contribution massive qui témoigne de sa position prépondérante dans l'économieargentine. Ce n'est pas une nouveauté : les secteurs liés aux ressources naturelles, comme la mine, avaient déjà tiré l'EMAE en janvier, mais l'ampleur de la contribution agricole ce mois-ci est remarquable.

La récolte de maïs est au cœur de cette renaissance, affichant une augmentation estimée à près de 20% par rapport à la campagne précédente. Mais il ne s'agit pas que du maïs. La production de viande bovine, après sept mois de baisse consécutifs, a également rebondi de 3,5%, apportant une bouffée d'air frais à un secteur en difficulté.

Les autres secteurs à la traîne

Les autres secteurs à la traîne

Cependant, la bonne nouvelle agricole ne se répercute pas uniformément sur l'ensemble de l'économie. Le reste des secteurs a montré un dynamisme bien plus limité. L'EMAE, à l'exclusion du secteur agroalimentaire, a stagné, ne progressant que de 0,1% en glissement annuel. Les activités liées aux services et certains secteurs réglementés ont certes connu une légère croissance (7,7% pour l'intermédiation financière, 1,1% pour les activités immobilières et d'entreprise), mais l'industrie et la construction continuent de souffrir, affichant des baisses respectives de 0,3% et 1,7%.

Le commerce et le transport, eux aussi, sont dans le rouge, avec des variations négatives de 0,8% et 2,1% respectivement. Ce tableau hétérogène confirme les analyses des experts : la reprise est inégale, certains secteurs tirant l'économie vers le haut tandis que d'autres restent à la traîne.

Au premier trimestre, la croissance économique globale s'établit à 0,4%, un chiffre modeste qui masque une réalité plus complexe. En termes désaisonnalisés, l'activité est restée stable par rapport au quatrième trimestre 2025, soulignant la fragilité de cette reprise.

Des prévisions tempérées

Des prévisions tempérées

Les prévisions pour 2026 restent prudentes. Equilibra anticipe une croissance d'environ 2%, un chiffre inférieur aux attentes budgétaires (5%). D'autres estimations, comme celles de LCG, se montrent encore plus pessimistes, évoquant une expansion ne dépassant pas 3%, portée par un nombre limité de secteurs (pétrole, mines, agriculture et intermédiation financière). La question centrale reste de savoir si cette manne agricole pourra se propager aux autres secteurs, ou si l'économie restera dépendante de ces quelques piliers.

L'économiste Rocío Bisang de GMA Capital insiste sur la disparité du redressement, pointant du doigt le recul des secteurs à forte intensité de main-d'œuvre (industrie, commerce et construction).