Le dollar bleu s'éloigne du dollar officiel : une fracture économique alarmante

La disparité entre le dollar bleu et le dollar officiel s'élargit de manière inquiétante, révélant une crise de liquidités profonde au cœur de l’Argentine.

Un écart croissant, une incertitude palpable

Selon les données du premier trimestre, la Banque Centrale continue d'intervenir sur le marché des changes, sans pour autant freiner la progression du dollar parallèle. Hier, cette tendance s'est accentuée, le dollar bleu clôturant à 1 390 pesos, soit 200 pesos d'écart par rapport au taux officiel, fixé à 1 410 pesos. Un phénomène rare, qui souligne une angoisse grandissante parmi les Argentins.

Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'elle inverse la logique habituelle, où le dollar parallèle était le seul moyen de changer de devise en circulation, notamment pendant le blocus des change.

La pénurie de pesos, un moteur de la divergence

La pénurie de pesos, un moteur de la divergence

L'explication de cette divergence est simple : une pénurie massive de pesos, particulièrement dans les secteurs informels, où la majorité des transactions se réalisent. L'industrie textile, traditionnellement un contributeur majeur à l'Économie informelle, est particulièrement touchée. « Presque personne ne vient acheter des dollars et, au contraire, beaucoup veulent vendre pour couvrir leurs dépenses », confie un opérateur du marché local, connaissant bien les rouages de ce système.

Les investisseurs arbitrent, mais la tendance reste à la baisse

Les investisseurs arbitrent, mais la tendance reste à la baisse

Bien que les dollars financiers aient connu une légère baisse hier, ils restent supérieurs au dollar officiel. Le MEP s'est établi à 1 424 pesos, tandis que le contado con liquidación atteint 1 478 pesos. Cette différence reflète une forte demande de devises de la part des entreprises, cherchant à se procurer des dollars via le marché boursier.

Le central a enregistré une demande de dollars du public de 5 milliards de dollars au premier bimestre, malgré une relative tranquillité sur le marché. Les 4,7 milliards d'achat de la Banque Centrale au premier trimestre de 2026 n'ont pas suffi à stabiliser le taux de change.

Une inflation persistante et des anticipations démesurées

Avec une inflation proche de 9 % au cours des trois premiers mois de l'année et un taux de change en baisse, le taux de change réel a fortement progressé. Plusieurs économistes, dont Domingo Cavallo, insistent sur la nécessité de lever totalement les restrictions changeantes, une ouverture du blocus qui impliquerait une augmentation du taux de change et une baisse du risque pays plus rapide. Le Relevamiento de Expectativas de Mercado (REM) publié hier prévoit un taux de change nominal de 1 420 dollars pour avril 2026, soit 32 dollars de moins que l'enquête précédente. Pour décembre 2026, les participants estiment un taux de change nominal de 1 700 dollars, ce qui représente une variation annuelle de 17,4 %. Cela contraste avec une inflation attendue de 29 % pour l'ensemble de l'année, suggérant une carry trade à long terme avec une sous-évaluation de la hausse des prix.

La situation est donc loin d’être maîtrisée.