Allemagne : un historien poursuivi pour avoir comparé poutine à hitler
Francfort – La liberté d'expression en Allemagne est à nouveau mise à l'épreuve. Le historien Dr. Rainer Zitelmann, 68 ans, est le cible d'une enquête pénale à Berlin pour un tweet controversé où il comparait Vladimir Poutine à Adolf Hitler.

Le tweet contesté et les accusations de l'état
La Staatsanwaltschaft de Berlin accuse Zitelmann d'avoir violé l'article 86a du Code pénal allemand, relatif à l'utilisation de symboles d'organisations constituant une menace ou un terrorisme. L'accusation porte sur une photomontage partagé sur X, représentant Hitler portant un écharpe à croix gammée, avec la légende « Donnez-moi la Tchécoslovaquie et je n'attaquerai plus personne ». Poutine aurait exprimé la même volonté concernant l'Ukraine.
Zitelmann, spécialiste de l'histoire de Hitler et auteur d'un ouvrage sur le dictateur, se défend en affirmant qu'il n'est pas un partisan des comparaisons, mais qu'en tant qu'historien, il perçoit des parallèles inquiétants entre les politiques de guerre et la rhétorique des deux hommes. Il considérait son tweet comme une mise en garde contre la complaisance face aux ambitions de Poutine.
L'affaire soulève une question sensible : la limite entre la liberté de recherche historique et la protection contre la négation de l'Holocauste. Si le paragraphe 86a du Code pénal autorise des exceptions pour la science et l'enseignement de l'histoire, la Staatsanwaltschaft a choisi de poursuivre Zitelmann.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de procédures judiciaires contestées concernant des « délits d'opinion » en Allemagne. Récemment, un citoyen a été mis en cause pour avoir qualifié le ministre de l'Économie Robert Habeck de « débil ». Le journaliste Jan Fleischhauer a également fait l'objet d'une enquête pour des propos tenus sur la jeunesse du parti AfD.
L'enquête sur le tweet de Zitelmann est menée sans qu'il soit précisé qui a déposé plainte initialement. L'historien, visiblement préoccupé par l'état de la liberté d'expression en Allemagne, a fait appel à un avocat pour obtenir l'accès au dossier.
La décision de poursuivre Rainer Zitelmann pourrait avoir des conséquences sur la liberté de recherche et la possibilité d'analyser l'histoire, même lorsque celle-ci est douloureuse. Elle témoigne d'une tension croissante entre la nécessité de préserver la mémoire historique et la vigilance face aux abus potentiels de la parole.
Le procès pourrait débuter l'année prochaine. La jurisprudence pourrait avoir un impact sur de futures enquêtes concernant des propos jugés « offensants » ou « dangereux ».
