Cambridge : un don colossal, un système universitaire fragilisé

Le don record de 190 millions de livres sterling à l'université de Cambridge, annoncé la semaine dernière, soulève bien plus qu'un simple sourire. Il met en lumière les failles profondes d'un système d'enseignement supérieur britannique au bord du précipice, où la philanthropie des milliardaires vient masquer des réalités économiques alarmantes.

La fragilité financière des universités britanniques

Si seulement 2 % des revenus des universités britanniques proviennent de dons et de dotations – un chiffre légèrement inférieur à l'année précédente –, l'arrivée massive de fonds de Chris Rokos, un gestionnaire de fonds spéculatifs, est paradoxale. Alors que les dons caritatifs sont en baisse générale, cette somme colossale illustre une dépendance croissante à la générosité, certes bien intentionnée, mais loin d'être une solution pérenne. L'idée que le financement de l'enseignement supérieur devrait reposer sur les choix arbitraires de quelques individus fortunés est, au fond, une aberration.

Le paradoxe s'épaissit si l'on observe la concentration de ces dons. Les deux universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni attirent déjà une part disproportionnée de la philanthropie, un phénomène exacerbé par des dons antérieurs comme celui de 6,5 millions de livres sterling partagés entre elles il y a moins d'un an. Londres, bien entendu, règne en maître, mais Manchester a su tirer parti d'une campagne de collecte de fonds pour son bicentenaire. Ces disparités creusent un fossé abyssal entre les institutions les plus sélectives et le reste du secteur.

La situation est critique : selon les chiffres qui devraient être publiés le mois prochain par l'Office for Students, près de la moitié des universités britanniques seraient actuellement déficitaires, ce qui laisse présager de nouvelles coupes budgétaires. Les changements démographiques, avec une diminution attendue du nombre de jeunes de 18 ans après 2030, ajoutent une pression supplémentaire.

L'absence de plan clair de la part du gouvernement de Keir Starmer, notamment concernant le gel du seuil de rémunération pour le remboursement des prêts étudiants, a déjà suscité de vives critiques. L'influence de Sue Gray, ancienne conseillère de Downing Street, semble s'être évanouie, et le scénario le plus probable serait une simple revue du système, loin d'apporter les transformations nécessaires.

Vers un modèle d

Vers un modèle d'enseignement supérieur plus juste ?

Des solutions existent, bien sûr. Tim Blackman, ancien vice-chancelier de l'Open University, propose un système modulaire et plus uniforme, avec des normes communes et une réduction des cursus résidentiels à temps plein. Une proportion croissante d'étudiants, 31 % contre 22 % il y a dix ans, choisissent désormais de vivre chez leurs parents pendant leurs études, une tendance qui témoigne d'une adaptation pragmatique aux contraintes financières.

Le Higher Education Policy Institute, de son côté, préconise des mesures plus radicales : un plafonnement de la croissance des effectifs étudiants, une réglementation financière plus stricte et un contrôle de l'inflation des notes. Ces propositions visent à limiter les distorsions créées par la marchandisation de l'enseignement supérieur. L'université de Cambridge, avec sa nouvelle école de gouvernement financée par un milliardaire, pourrait-elle, ironiquement, inspirer une réflexion plus profonde sur l'avenir de l'enseignement supérieur ?

Le don de Chris Rokos, aussi généreux soit-il, ne saurait masquer le problème de fond : il s'agit d'une ressource principalement réservée à une élite, et qui ne répond pas aux besoins d'un système universitaire en crise. Le véritable enjeu n'est pas de dépendre de la bienveillance de quelques fortunés, mais de repenser en profondeur le financement public de l'enseignement supérieur, afin de garantir un accès équitable à la connaissance pour tous.