Éducation : l'ia redéfinit-elle l'alphabétisation ?
Le débat fait rage : l'essor fulgurant de l'intelligence artificielle ne menace-t-il pas de rendre obsolètes les compétences que nous nous efforçons d'enseigner ? Lors des récentes Journées de l'Alphabétisation organisées par Ticmas, des experts ont exploré les enjeux d'une alphabétisation plurielle, allant au-delà de la simple maîtrise de la lecture et de l'écriture pour embrasser un nouveau paysage numérique en constante évolution.
L'alphabétisation, un voyage incessant
Fabio Tarasow, chercheur au PENT-FLACSO, a dressé un parallèle saisissant : « Nous pouvons imaginer la culture comme un comète traversant l'espace, laissant derrière lui une traînée d'alphabétisations à acquérir. De l'alphabétisation initiale à l'alphabétisation urbaine, en passant par les compétences numériques et médiatiques, l'apprentissage est un processus continu. » Mais il souligne un danger : « Ces couches additionnelles de compétences risquent de laisser sur le bord du chemin ceux qui n'ont pas eu la chance de poursuivre leur parcours éducatif. »
Celia Rosemberg, de CIIPME-CONICET-UBA, a mis en lumière la nécessité d'adapter les pratiques pédagogiques : « Il ne s'agit pas de diaboliser les écrans, mais de créer des expériences éducatives riches et communicatives, intégrant le langage oral, écrit et les autres formes d'expression. » Son programme « Enfant à enfant », où les élèves plus âgés aident les plus jeunes à lire, illustre une approche où l'apprentissage est une construction collective.
L'urgence de la formation des enseignants
Le rôle des enseignants est au cœur de cette transformation. « Le problème de l'intelligence artificielle n'est pas un problème technologique, mais bien un problème pédagogique », insiste Tarasow. Il appelle à une remise en question des pratiques et à une adaptation constante : « L'IA peut nous rendre meilleurs, à condition de la considérer comme un moyen de nous challenger, de nous pousser à innover. »
L'expérience de la pandémie de COVID-19 a exacerbé ces enjeux, révélant un fossé numérique et la nécessité d'une approche plus équilibrée entre l'institution éducative, les élèves et les familles. Les dispositifs numériques ne doivent pas être perçus comme une fin en soi, mais comme des outils au service d'un apprentissage plus riche et plus engageant.
La question se pose avec insistance : comment assurer que personne ne soit laissé pour compte dans cette course à l'alphabétisation numérique ? La réponse ne réside pas dans une simple adoption de modèles éducatifs étrangers, mais dans une adaptation aux contextes locaux et une formation continue des enseignants. Le défi est immense, mais la nécessité de former une génération capable de naviguer avec discernement dans le monde algorithmique est sans équivoque. L'avenir de l'Éducation, et peut-être de notre société, en dépend.

