Congo : un héros protège gorilles et communautés au milieu du chaos

Au cœur de la République démocratique du Congo, une guerre silencieuse se déroule, menaçant non seulement les vies humaines, mais aussi la survie d'une espèce emblématique : le gorille des plaines de l'est, ou Grauer. Dominique Bikaba, un homme qui a échappé à la mort à maintes reprises, se dresse comme un rempart, unissant conservation et droits communautaires dans une région déchirée par les conflits.

Un passé marqué par la dépossession

L'histoire de Bikaba est inextricablement liée à celle du parc national de Kahuzi-Biega. Enfant, il a été déplacé avec sa famille lorsque leurs terres ancestrales furent intégrées à la zone protégée dans les années 1970. Cette expérience a gravé en lui une conscience aiguë de l'importance de la préservation, mais aussi des conséquences souvent tragiques des politiques de conservation qui négligent les communautés locales.

Elevé entre deux mondes, Bikaba a puisé dans la sagesesse de sa grand-mère, qui lui a enseigné à respecter la forêt, et de sa mère adoptive Batwa, qui lui a montré comment coexister harmonieusement avec la nature. « Ma grand-mère m'a appris à être un homme, mais ma mère pygmy m'a appris comment coexister avec la forêt », témoigne-t-il, soulignant l'importance des savoirs traditionnels dans la protection de l'Environnement.

Au cœur d

Au cœur d'une crise humanitaire et environnementale

Depuis 1992, Bikaba s'est engagé dans la conservation, d'abord en tant que médiateur entre les autorités du parc et les populations déplacées. Le génocide rwandais de 1994 et les guerres civiles qui ont suivi ont exacerbé les tensions et dévasté la région, entraînant une chute dramatique de la population de gorilles des plaines de l'est, estimée autrefois à 17 000 individus, et aujourd'hui réduite à environ 3 800.

La situation actuelle reste incertaine, rendant impossible une évaluation précise de l'état de la population de gorilles. Les conflits armés, la déforestation liée à la production de charbon de bois et le braconnage pour la consommation de viande de brousse ont contribué à cette régression alarmante.

Strong roots congo : un modèle de conservation communautaire

Strong roots congo : un modèle de conservation communautaire

En 2009, Bikaba a fondé Strong Roots Congo, une organisation qui vise à réconcilier conservation et droits communautaires autour du parc national de Kahuzi-Biega. Loin d'adopter une approche antagoniste, Strong Roots travaille en partenariat avec les communautés locales, les impliquant activement dans la gestion des ressources naturelles. L'organisation a ainsi contribué à l'établissement de 23 forêts communautaires, couvrant environ 600 000 hectares, permettant aux populations locales de sécuriser leurs droits fonciers et d'améliorer leurs moyens de subsistance tout en protégeant la biodiversité.

Le projet de corridor de biodiversité reliant le parc national de Kahuzi-Biega à la réserve naturelle de Itombwe, qui vise à sécuriser 1 million d'hectares pour la faune et les communautés autochtones, en est l'illustration la plus ambitieuse. Un projet qui, bien que confronté aux défis constants de l'insécurité, témoigne de la volonté de Bikaba de construire un avenir durable pour la région.

Bikaba rejette avec force les modèles de conservation qui accusent les populations autochtones de détruire les forêts. « Les populations autochtones font partie de la nature. Il y a beaucoup de sagesse que nous pouvons apprendre d'elles », affirme-t-il, insistant sur la nécessité d'une approche respectueuse et inclusive.

Alors que les combats persistent dans l'est du Congo, l'avenir des gorilles des plaines de l'est reste incertain. Pour Dominique Bikaba, la leçon est claire : « Si une chose est à éviter dans la vie, c'est la guerre. Si une voie existe pour la stopper dans cette région, nous devons la prendre, quel qu'en soit le prix. La survie de ces animaux, et de ces communautés, en dépend.