environnement

Rakhine : le désespoir des rohingyas s'aggrave, l'aide s'amenuise

Quatre ans après la reconnaissance du génocide de leur peuple par les États-Unis, les Rohingyas font face à une crise humanitaire silencieuse, exacerbée par la réduction drastique de l'aide internationale. Ajas Khan, témoin direct de l'horreur et figure de proue de la société Rohingya Green Nature, lance un appel désespéré : le simple fait de pouvoir cuisiner un repas chaud pourrait sauver des vies et préserver un écosystème fragilisé.

L'urgence du combustible de cuisson : un enjeu vital

Ajas Khan se souvient des jeux d'enfant, de l'insouciance d'une vie brisée par la violence implacable des forces armées birmanes. Déportés en Bangladesh, plus de 750 000 Rohingyas ont fui leur foyer, laissant derrière eux un héritage de souffrance et de perte. L'aide internationale massive de 2017, bien que cruciale pour la survie, avait bizarrement négligé un détail fondamental : le combustible de cuisson. Des familles entières se sont retrouvées contraintes de brûler des sacs plastiques, des vêtements usagés et du bois prélevé dans la forêt de Teknaf, avec des conséquences désastreuses pour l'environnement et la santé des populations.

L'introduction du gaz liquéfié de pétrole (GPL) en 2018, une initiative conjointe du HCR et de l'OIM, a apporté un soulagement tangible, réduisant les tensions avec les communautés locales et permettant aux enfants de retourner à l'école. Mais aujourd'hui, les financements se tarissent, menaçant de replonger les Rohingyas dans un cycle de pauvreté et de dégradation environnementale.

L

L'impact de la réduction de l'aide américaine

Alors que les États-Unis étaient le principal contributeur au Plan de réponse conjoint pour les Rohingyas en 2024 (près de 145 millions de dollars), une réduction significative de près d'un tiers des fonds (à 100,7 millions de dollars en 2025) a eu un impact direct sur la distribution du GPL. Le Plan de réponse, autrefois financé à 68 %, ne l'est plus qu'à 46 %. La priorité donnée aux services de secours vitaux a laissé le financement du GPL sur les rails.

Des initiatives chinoises et coréennes offrent un répit temporaire, mais ne couvrent qu'une partie des besoins, laissant plus de 80 000 foyers sans combustible. La situation est critique : sans aide, les Rohingyas seront forcés de recourir à des méthodes de cuisson préjudiciables à leur santé et à l'environnement. La forêt de Teknaf, déjà fragilisée, risque de disparaître complètement si la tendance actuelle se poursuit.

L'ironie est cruelle : alors que les Rohingyas sont interdits de travail et d'éducation supérieure au Bangladesh, ils dépendent entièrement de l'aide humanitaire pour leur survie. Des alternatives comme le biogaz ou l'électricité sont envisagées, mais leur mise en œuvre s'avère complexe en raison du manque de terres et d'infrastructures. Le GPL, malgré ses propres limites environnementales, reste la solution la plus pragmatique et la moins coûteuse à long terme.

L'investissement dans le bien-être des Rohingyas n'est pas une simple dépense humanitaire ; c'est un investissement dans la stabilité régionale et la prévention de futurs conflits. Réduire l'aide, c'est semer les graines d'une nouvelle instabilité, dont le coût dépassera de loin les économies réalisées aujourd'hui.

Ajas Khan, qui a pu compléter ses études secondaires grâce à cette même assistance, a fondé la société Rohingya Green Nature pour promouvoir le développement durable et l'éducation au sein de sa communauté. Le GPL n'est pas qu'une question de combustible ; c'est une question d'espoir, de dignité et d'avenir pour une génération entière. Un simple geste peut changer des vies.