Éthique et relations internationales : l'émergence d'une cosm-éthique
- Introduction : un monde en crise et la question de l'éthique
- L'improbable mariage de l'éthique et des relations internationales
- Universalistes vs. particularistes : un débat fondamental
- Le réalisme : un anti-moralisme ou une éthique de l'intérêt ?
- L'idéalisme kantien et la paix perpétuelle
- La cosm-éthique : un vernis sur la réalité internationale
Introduction : un monde en crise et la question de l'éthique
Face à des défis globaux majeurs tels que les déplacements de populations (71 millions en 2018), la pauvreté (736 millions de personnes sous le seuil), les menaces climatiques et les conflits incessants (162 conflits en 2018), l'éthique semble souvent absente des relations internationales. Pourtant, elle est omniprésente dans les discours, les rapports et les réflexions universitaires. Cette omniprésence paradoxale conduit à une surutilisation du terme et à une dilution de sa portée analytique, nécessitant une approche plus rigoureuse.
L'improbable mariage de l'éthique et des relations internationales
La science politique, discipline au cœur des relations internationales, entretient une relation complexe avec l'éthique. Cette complexité découle des orientations divergentes : l'éthique est prescriptive, tandis que les théories des RI sont interprétatives, conformément à la séparation de Max Weber entre faits et valeurs. La subjectivité des points de vue, illustrée par le débat entre universalistes et particularistes, rend difficile l'établissement d'un consensus sur l'application des règles éthiques à l'échelle internationale.
Universalistes vs. particularistes : un débat fondamental
Le débat entre universalistes et particularistes (ou relativistes) est au cœur des discussions sur l'éthique. Les universalistes cherchent à fonder une morale partagée, basée sur des valeurs communes, adoptant une perspective cosmopolite. À l'opposé, les particularistes considèrent l'éthique comme spécifique à une culture, soulignant le relativisme moral. Ces deux approches présentent des défis moraux significatifs, illustrant la complexité de l'éthique appliquée aux relations internationales.
Le réalisme : un anti-moralisme ou une éthique de l'intérêt ?
Le réalisme, influencé par la pensée de Hobbes, postule l'immoralité des relations internationales, motivée par la maximisation égoïste de l'intérêt national. Cependant, cette approche peut être considérée comme une forme d'éthique conséquentialiste, où la fin justifie les moyens. Les réalistes reconnaissent l'existence de forces normatives et accordent de l'importance à la prudence, une vertu cardinale selon Aristote, soulignant une éthique de responsabilité politique.
L'idéalisme kantien et la paix perpétuelle
En opposition au réalisme, le libéralisme, inspiré par Emmanuel Kant, propose une vision universaliste des relations internationales. Kant, figure centrale de l'éthique internationale, prône une fédération d'États libres, fondés sur un droit cosmopolite et l'hospitalité universelle. Cette perspective a donné naissance à la théorie de la paix démocratique, postulant que les démocraties ne se font pas la guerre, bien que cette idée puisse conduire à une forme de tyrannie morale.
La cosm-éthique : un vernis sur la réalité internationale
L'éthique a envahi le champ des relations internationales, mais son utilisation excessive et son dévoiement sont préoccupants. L'argument moral est souvent instrumentalisé à des fins communicationnelles, sans véritable réflexion philosophique. Cette tendance conduit au développement d'une cosm-éthique, visant à embellir la réalité internationale, mais risquant de masquer les enjeux éthiques complexes et de polariser les positions.
