Décennie de retrait : la jeunesse américaine piétine sous le fardeau du logement
Un nombre record de jeunes adultes américains ont passé l’année dernière leurs nuits dans le salon de leurs parents. La bulle de l’indépendance, autrefois un idéal, s’éloigne de plus en plus du reach pour cette tranche d’âge.

Une tiges sur trois : le fardeau du logement
Selon de nouvelles données de Realtor.com, près d’un tiers des jeunes adultes entre 25 et 35 ans – soit 25,2 millions de personnes – vivaient encore chez leurs parents en 2025. Un chiffre alarmant qui dépasse largement les prévisions initiales.
Et ce n’est pas le marché du travail qui explique cette tendance. La majorité de ces jeunes, 70% d’entre eux, sont en emploi, souvent titrés, mais le coût prohibitif du logement reste le véritable frein à l’épanouissement. Les demandes de location ont grimpé de 18% par rapport à l’avant-pandémie, tandis que les prix de vente des maisons ont explosé de 34%.
Hannah Jones, économiste senior chez Realtor.com, pointe du doigt la réalité brutale : « Chaque adulte encore dans une chambre d’enfant est un foyer non formé, un bail non signé, une maison individuelle non acquise. »
La situation est d’autant plus préoccupante que l’économie américaine, fragilisée depuis la pandémie, a rendu l’accès à la propriété encore plus difficile. Un quart des jeunes diplômés sont aujourd’hui en situation de sous-emploi, travaillant des postes inférieurs à leurs qualifications. Les taux de chômage parmi les diplômés sont, eux, en hausse constante depuis 2020. L’inflation galopante, atteignant un pic de 4,2% en mai, due en partie aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et à la flambée des prix du pétrole, ajoute une couche supplémentaire de difficulté, retardant potentiellement le rêve d’une vie indépendante.
Ironiquement, le fait de ne pas payer de loyer en vivant chez ses parents peut générer des économies considérables, mais cela se fait au détriment de l'accumulation de patrimoine, un pilier essentiel de la réussite financière. Le premier acheteur, désormais, a 40 ans. Cette situation a des répercussions importantes sur les générations plus âgées, qui doivent revoir leurs projets de retraite, de downsizing ou de constitution de fonds de réserve.
Le marché immobilier est également en berne, faute de rotation. Le nombre d'adultes entrant dans le marché de la maison individuelle est en baisse, ce qui aggrave la pénurie de logements abordables pour les jeunes.
Selon les analyses de Realtor.com, si les schémas de cohabitation des décennies précédentes avaient persisté, 4,86 millions de jeunes adultes vivraient toujours avec leurs parents. Une divergence frappante par rapport aux années 2000, lorsque ce taux était de 27 à 28%. Il ne s'agit pas d'un manque d'opportunités, mais d'un manque d'opportunités concrètes, d'un goulet d'étranglement économique.
La situation est loin d'être une fatalité. Mais elle souligne un paradoxe : une jeunesse active, diplômée, mais piégée par une crise immobilière sans précédent. Le logement n'est plus un simple coût, c'est un obstacle majeur à la construction d'un avenir.
