Bilbao réclame le guernica : un affront au bon sens ?
La demande du lehendakari Imanol Pradales au gouvernement central de céder temporairement le Guernica de Picasso au Pays Basque a ouvert une brèche dans le débat politique espagnol. Au-delà de la revendication culturelle, se profile une question de volonté politique, dénoncée avec virulence par le dirigeant basque lors de la célébration de l'Aberri Eguna.
Un transfert jugé « essentiel » pour la mémoire
Le Guernica, chef-d'œuvre emblématique de Picasso, est demandé depuis des décennies par les autorités basques pour une exposition de neuf mois au musée Guggenheim de Bilbao, concomitante avec le 90e anniversaire du bombardement de Guernica et la création du premier gouvernement basque. Pradales ne mâche pas ses mots : « Sacrer la mémoire du peuple basque, c'est une forme de réparation, un appel à la paix dans un monde déchiré par les conflits. » Il s'insurge contre le contraste saisissant : « On a exhumé Franco de son tombeau, mais on est incapable de prêter un tableau de Madrid au Pays Basque ? ». Un argument cinglant qui soulève un malaise profond.

La « derecha » espagnole sous le feu des critiques
L'opposition, et plus particulièrement les forces de droite, ont réagi avec un enthousiasme disproportionné, dénonçant une « question d'État » et un affront à la mémoire de l'Espagne. Pradales rétorque, avec une pointe de sarcasme : « Quel concept de l'État défendent ces gens ? Qu'ils cessent leurs prétextes ! ». Il insiste : la seule question pertinente est de savoir si le gouvernement espagnol aura la « volonté politique » de céder le tableau. La réaction passionnée des Basques, accueillie par une ovation, témoigne de l'importance symbolique de cette requête.
Des arguments techniques contestés
Aitor Esteban, président du PNV, nuance les objections techniques avancées par Madrid concernant l'état du tableau ou l'importance du Guernica pour la collection du Reina Sofía. Il souligne : « Les techniques de conservation et de transport ont considérablement évolué. Nous pensons qu'il est possible de le faire. » Il estime que les excuses avancées sont fragiles et masquent une réticence politique.
Le déplacement du Guernica, au-delà d'une simple exposition, représente un symbole fort de reconnaissance et de réconciliation pour le Pays Basque. La réponse du gouvernement espagnol, attendue avec impatience, déterminera si la « volonté politique » est bel et bien au rendez-vous.
