Bolivie : le gouvernement démantèle un système de corruption tentaculaire

La Paz est en ébullition. Le gouvernement bolivien, sous la houlette de Rodrigo Paz, a frappé d'un coup spectaculaire en annulant 161 décrets qui, pendant deux décennies, ont permis une contractualisation directe dans le secteur de la construction. Une purge qui s'annonce sans précédent, visant à éradiquer ce que le président décrit comme un « État cloaque » gangrené par la corruption.

Un préjudice estimé à 1,235 milliard de dollars

Un préjudice estimé à 1,235 milliard de dollars

L'ampleur du désastre est saisissante. Selon les estimations gouvernementales, ces décrets ont permis de détourner quelque 1,235 milliard de dollars entre 2006 et 2025, sous les mandats d'Evo Morales et de Luis Arce. Une somme colossale qui a contribué à financer des projets somptueux, souvent inutiles, et à alimenter un système de favoritisme où l’amitié, la parenté et l’affiliation partisane primait sur le mérite et la transparence.

Le ministre de la Présidence, José Luis Lupo, a dressé un tableau accablant : des hôpitaux à moitié construits, des écoles abandonnées, des infrastructures massives laissées à l’abandon. « Des éléphants blancs partout », a-t-il martelé, évoquant notamment la construction d’aéroports sans trafic commercial viable. Le musée d'Orinoca, dédié à Evo Morales et coûtant 8 millions de dollars, est cité comme exemple emblématique d'une gestion des fonds publics déplorée.

« La contractualisation directe est devenue synonyme de corruption directe », a dénoncé Rodrigo Paz, soulignant que les adjudications directes, orchestrées au niveau central par le MAS, mais également au niveau départemental et municipal, étaient devenues un véritable incitatif aux luttes politiques pour le contrôle des ressources.

Mais ce qui frappe, au-delà des chiffres, c'est la manière dont ce système a pu prospérer. Les décrets annulés accordaient une liberté de manœuvre excessive dans la gestion des ressources de l'État, permettant une opacité totale et un manque de contrôle flagrant. Le résultat : un État à la dérive, où la corruption s'est enracinée au plus profond des institutions.

Le gouvernement s'engage désormais à une nouvelle ère de transparence. Toutes les futures adjudications seront soumises à des procédures rigoureuses, les mécanismes permettant le favoritisme seront éliminés et un audit complet des contrats passés sera mené. « Nous sommes en train de démanteler l’État tranca, l’État cloaque », a affirmé Rodrigo Paz, signalant une rupture nette avec le passé.

Le chemin sera long et semé d'embûches, mais la décision prise par le gouvernement bolivien marque une étape cruciale dans la lutte contre la corruption et la reconstruction d'un État de droit.