Chili : kast étrangle la mobilité durable, une décision qui divise
Santiago, Chili – Le gouvernement fraîchement installé de José Antonio Kast, figure de l'ultralibéralisme, a infligé un coup de massue à la mobilité durable en suspendant un projet phare d'aménagement cyclable, le Nouveau Eje Alameda Providencia. Une décision qui suscite l'indignation alors que le pays affronte une flambée des prix du carburant et une crise du logement persistante.
Un projet enterré au nom de l'austérité
Le projet, qui visait à construire la plus vaste piste cyclable de la capitale, était en cours de réalisation avec deux tronçons déjà achevés et un troisième en attente d'approbation budgétaire. Son abandon est justifié par le nouveau gouvernement comme une « priorité » secondaire, préférant allouer les fonds à d'autres objectifs, sans préciser lesquels. L'administration sortante de Gabriel Boric avait justement inauguré ces premiers tronçons, vantant un nouveau modèle de mobilité urbaine, désormais relégué aux oubliettes.
Iván Poduje, ministre du Logement et de l'Urbanisme, a argué que la construction de pistes cyclables était « exorbitantement chère » et que la situation économique du pays, marquée par un endettement colossal, ne permettait pas de tels investissements. Il a affirmé que le projet aurait été « le plus coûteux de l'histoire » et qu'il était préférable de se concentrer sur la construction de logements sociaux, invoquant une crise du logement aigüe. La situation économique, selon lui, justifie ce choix, présenté comme « totalement dénué d'idéologie ».
Pourtant, la réalité est plus complexe. Alors que le prix du carburant a connu une hausse historique en mars, une opportunité manquée s'offrait au gouvernement pour encourager l'utilisation du vélo, particulièrement dans les zones périphériques mal desservies. Carolina Oyarzún, directrice du mouvement Furiosos Ciclistas, souligne amèrement que le projet, fruit de dix années d'efforts, représente une « occasion perdue » pour promouvoir une mobilité plus durable.
Claudio Orrego, gouverneur de la Région Métropolitaine de Santiago, a dénoncé cette divergence de modèles, soulignant que le coût de la ciclovía représente un maigre 0,09 % du budget du ministère. La ciclovía, qui traverse l'Alameda, l'artère principale de la capitale, a déjà accueilli 219 000 voyageurs en février, avec une estimation de 7 000 utilisateurs quotidiens.

Une opposition grandissante
Face à cette décision, un collectif d'associations, d'organisations et d'universitaires chilenos a lancé une pétition pour relancer les travaux, dénonçant une mesure « régressive » qui creuse les inégalités, en particulier pour les habitants des zones les plus défavorisées. Ils appellent à une collaboration « public-privé » pour mener à bien le projet, rappelant que l'aménagement urbain ne se limite pas à la construction de logements, mais englobe également les parcs, les pistes cyclables et l'éclairage public. Le but ultime : « redonner les villes aux habitants, plutôt que de les céder aux automobiles. »
L'avenir de la mobilité durable à Santiago reste donc incertain, suspendu aux décisions d'un gouvernement qui semble privilégier les solutions traditionnelles au détriment des alternatives écologiques. Le temps dira si la pression de la société civile parviendra à inverser la tendance et à sauver ce projet essentiel pour l'avenir de la ville.
