Colombie : la dispute petro-prieto relance le débat énergétique

Une vive altercation entre le président colombien Gustavo Petro et l'expert en énergie Camilo Prieto a ravivé la polémique sur la stratégie énergétique du pays et son impact sur le prix des denrées alimentaires. Un échange technique, ou une divergence idéologique masquée ? La question divise.

Une confusion technique pointée du doigt

Au cœur du débat, une distinction fondamentale selon Camilo Prieto : la différence entre la matriz energética primaria et la matriz eléctrica. L'expert, professeur en énergie et développement durable, a réagi sur X (anciennement Twitter) aux affirmations du président, estimant que ce dernier confonde les deux concepts. « Monsieur le Président, avec tout mon respect, je crois qu'il y a une confusion technique », a-t-il affirmé, soulignant que la production d'électricité ne représente qu'une fraction du système énergétique global, à l'instar de la plupart des pays développés. La part de l'hydroélectricité, bien que significative en Colombie, n'excède que 18% de la consommation totale d'énergie.

Prieto insiste : lorsque l’on évoque une forte dépendance aux combustibles fossiles (près de 78,4% selon les données du BECO 2024 de l'UPME), il s'agit de la matriz energética primaire, incluant transport, industrie et agriculture, et non uniquement de la production d'électricité.

Loin d'une volte-face politique, Prieto se veut un lanceur d'alerte. Son inquiétude réside dans la potentielle dépendance des secteurs stratégiques tels que les engrais, le transport et l'industrie au gaz naturel, même dans un contexte de transition énergétique. « Ignorer cette réalité peut affecter la compétitivité, le coût des aliments et la sécurité énergétique », prévient-il, appelant à un débat factuel et non idéologique.

Petro riposte : la "maladie holandesa" et la révolution verte

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Le président Petro, de son côté, rejette le lien entre la réduction de l'exploration gazière et la flambée des prix alimentaires. Il attribue cette dernière à des facteurs structurels et à la crise climatique, dénonçant l'accaparement des terres fertiles. Il défend une transition énergétique ambitieuse, basée sur les énergies renouvelables, affirmant que la Colombie pourrait même devenir un exportateur d'énergie propre.

Le chef de l'État met également en garde contre ce qu'il qualifie de “maladie hollandesa”, un phénomène économique où l'abondance de ressources naturelles conduit à la dépendance et à la stagnation des autres secteurs, notamment l'agriculture et l'industrie. Il souligne le potentiel agricole du pays, avec 15 millions d'hectares de terres fertiles inexploitées, et propose une réforme agraire pour augmenter la production alimentaire et réduire les prix. L'objectif affiché : une substitution des cultures illicites (coca) par des produits à haute valeur ajoutée comme le cacao, le café et la noix de coco.

L’échange, vif et passionné, illustre les tensions entre une vision pragmatique, axée sur les réalités énergétiques du pays, et une ambition politique de transformation radicale. Le débat colombien, loin d'être clos, souligne la complexité de la transition énergétique dans un pays riche en ressources fossiles, mais confronté à d'importants défis sociaux et environnementaux.