Communauté gitane : l'espérance de vie, un indicateur d'inégalités profondes
L'écart de vie est criant : les femmes et les hommes gitans en Espagne perdent jusqu'à dix ans de vie par rapport au reste de la population, un fossé encore plus abyssal au niveau européen, où cette différence peut atteindre quinze années. Un chiffre glaçant, révélé par la Fédération des Associations de Femmes Gitanes Fakali à l'occasion de la Journée Internationale du Peuple Gitano, et qui témoigne d'une exclusion sociale et d'une pauvreté structurelle persistantes.
L'âge d'or, un trésor menacé
Pour le peuple gitano, l'aîné est un pilier, une source de sagesse et de transmission. Le manifeste de Fakali souligne avec amertume que cette valeur ancestrale est paradoxalement menacée par des conditions de vie précaires. Alors que la solitude non désirée est un enjeu majeur dans nos sociétés, la communauté gitane offre une alternative : un modèle où les aînés ne sont pas un fardeau, mais un socle, un lieu de mémoire et d'écoute.
Une étude européenne de 2022 a mis en lumière l'ampleur de ces disparités, et l'urgence d'une action ciblée. Il ne s'agit pas seulement de maintenir les politiques sociales et culturelles existantes, mais de les adapter aux besoins spécifiques d'une population confrontée à des obstacles multiples.
Mais au-delà des chiffres et des statistiques, il y a une question de dignité. Une question de respect.

Une plaidoyer contre les préjugés et l'antigitanisme
La Fédération Fakali lance un appel pressant aux médias : cesser de propager des stéréotypes et des récits biaisés qui alimentent l'antigitanisme. Il est temps de dépasser les simplifications réductrices, notamment l'accusation récurrente d'un patriarcat gitano qui masque les réalités complexes de la société gitane. Une communication rigoureuse, respectueuse et ancrée dans la vérité est impérative, car la parole peut aussi, et parfois plus que tout, perpétuer les discriminations.
Ce mercredi, des célébrations ont lieu à travers l'Espagne, sous le thème « Mémoire, patrimoine et avenir du peuple gitano ». De Madrid à Séville, en passant par Barcelone et d'autres villes, des actes commémoratifs rappellent le premier Congrès Mondial Roms/Gitans de Londres, en 1971, moment fondateur pour l'affirmation de l'identité gitane. La Catalogne, notamment, dévoile sa stratégie pour les dix prochaines années visant à garantir l'égalité des chances et à lutter activement contre l'antigitanisme.
L'héritage séculaire du peuple gitano, riche d'une culture unique et d'une résilience admirable, mérite d'être célébré et protégé. Mais il mérite surtout d'être compris, au-delà des préjugés et des clichés. Car l'invisibilité est la première étape de la disparition.