Corée du sud : course contre la montre pour sécuriser le pétrole

Séoul est entré dans une phase d'urgence énergétique. Face au blocage quasi total du détroit d'Ormuz, voie maritime névralgique pour l'approvisionnement pétrolier du pays, le gouvernement sud-coréen active un plan d'urgence massif, combinant diplomatie intensive et logistique audacieuse. La dépendance criante de Séoul au pétrole importé – près de 70 % de ses besoins couverts par le Moyen-Orient, dont plus de 95 % transitant par Ormuz – expose le pays à un risque majeur, comme l'a souligné le président Lee Jae-myung.

Des émissaires et des navires pour contourner le blocage

L'approche sud-coréenne repose sur deux axes principaux : le déploiement de diplomates et la réorganisation des flux logistiques. Des envoyés spéciaux, déjà en route, doivent négocier avec les régimes d'Arabie Saoudite, d'Oman et d'Algérie, afin de garantir la pérennité des livraisons et d'explorer de nouvelles sources. L'objectif est clair : diversifier les fournisseurs et stabiliser un approvisionnement menacé.

Parallèlement, Séoul envisage d'opérer un changement de cap majeur : l'utilisation de cinq navires affrétés sous pavillon sud-coréen pour acheminer le pétrole directement depuis Yanbu, en Arabie Saoudite, en contournant ainsi le détroit d'Ormuz. Une manoeuvre périlleuse, mais jugée nécessaire face à la gravité de la situation, qui a conduit le pays à élever son alerte de sécurité énergétique au niveau 3, le second plus élevé.

Le ministre des Finances, Koo Yun-cheol, a récemment exhorté les pays du Golfe à garantir des approvisionnements stables, soulignant la nécessité d'une coopération accrue. La libération de réserves stratégiques et le contrôle des prix sont déjà mis en œuvre, mais la question de la dépendance énergétique demeure une épine de jeu. La situation actuelle met en lumière une vulnérabilité géopolitique profonde.

Un pari sur les énergies renouvelables

Un pari sur les énergies renouvelables

Mais le gouvernement sud-coréen ne se contente pas de mesures d'urgence. Le Ministère de l'Environnement a dévoilé un plan ambitieux pour augmenter la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique national à 20 % d'ici 2030. Un objectif audacieux comparé aux 7,3 % de 2023, qui témoigne d'une volonté de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et de renforcer la résilience du pays face aux chocs énergétiques. La transition énergétique, longtemps reléguée au second plan, devient désormais une priorité stratégique.

La Corée du Sud se trouve ainsi à la croisée des chemins. La crise actuelle, bien que préoccupante, pourrait s'avérer un catalyseur pour une transformation profonde de son modèle énergétique, en lui permettant de réduire drastiquement sa vulnérabilité face aux aléas géopolitiques. Le pari est risqué, mais la menace est bien réelle.