Cuba : le dollar s'immisce dans un contexte économique en effondrement
Le dollar américain continue de dominer le marché cubain, un symptôme alarmant d’une économie confrontée à une crise profonde et persistante. La cotation de clôture du 21 avril révèle une augmentation de 0,31 % par rapport à la veille, atteignant 24 pesos cubains, une donnée qui ne saurait masquer les tensions sous-jacentes.
Un premier trimestre marqué par la contraction
Selon les chiffres de Dow Jones, la semaine dernière a vu le dollar progresser de 0,11 %, consolidant une tendance à la hausse sur un horizon annuel de 0,07 %. Ces fluctuations, bien que relativement contenues en termes de volatilité (3,85 % cette semaine, contre 3,85 % au cours de l'année écoulée), témoignent d'une situation économique extrêmement fragile et précaire. Il est crucial de souligner que ces mouvements sont anciens et ne reflètent pas forcément des évolutions récentes.

Projections économiques sombres pour 2026
Le gouvernement cubain se fixe désormais un objectif de croissance économique de 1 % pour 2026, une prévision similaire à celle de l'année précédente et, hélas, sans succès. Le ministre de l'Économie et de la Planification, Joaquín Alonso, évoque un « état de guerre économique », une expression qui traduit une réalité bien plus complexe : menaces, risques et tensions qui pèsent lourdement sur l'avenir du pays. L'espoir repose sur le tourisme et les exportations, notamment les services médicaux, mais ces secteurs sont déjà grevés par la pénurie de ressources.

Inflation et déficit : un cocktail explosif
Le gouvernement anticipe une augmentation de 10 % des prix sur le marché formel, une mesure qui, paradoxalement, pourrait entraîner une réduction de cinq points de pourcentage de l'inflation annuelle enregistrée à la fin de 2025 (14,07 %). Le déficit budgétaire prévu pour 2026 s'élève à 74,5 milliards de pesos cubains, soit environ 3,1 milliards de dollars au taux de change officiel pour les entreprises. Ces chiffres, qui se répètent d'année en année, révèlent une incapacité structurelle à gérer les finances publiques.
Des défis structurels majeurs
La crise est multiple : pénurie de produits de première nécessité, coupures de courant récurrentes, inflation galopante, dollarisation croissante et fuite des cerveaux. Entre 2020 et 2024, l’économie cubaine a subi une contraction de 11 %, et le PIB a reculé pour la deuxième année consécutive. Les autorités reconnaissent la nécessité d'attirer les investissements étrangers, promettant un environnement « plus dynamique et transparent », mais les difficultés financières persistent et le contexte international reste extrêmement incertain. Le peso cubain, divisé en centavos, a perdu de sa valeur depuis 2002, passant de 21 pesos convertibles par dollar à 26, puis à 25 pesos en 2005, avec un impôt de 12% sur les changes. Le « Día Cero » de l'unification monétaire en 2021 n'a pas apporté la stabilité espérée.
Un marché noir florissant
La demande de devises alimente un marché noir où un dollar est vendu pour 100 pesos cubains convertibles. Les monnaies en circulation – de 1 à 1000 pesos – ne suffisent pas à absorber la pression. L'économie, déjà fragilisée par les exportations décevantes et la baisse du tourisme, est confrontée à une réalité désolante. Alejandro Gil Fernández, ministre de l'Économie, a d'ailleurs reconnu en 2022 que les objectifs n'avaient pas été atteints, en raison de l'incapacité à atteindre les revenus prévus par les exportations.
Conclusion : une situation sans appel
L'avenir de Cuba reste suspendu à la capacité du gouvernement à relever ces défis structurels. L'espoir, fragile, repose sur l'investissement étranger et une politique économique audacieuse, mais le chemin est long et semé d'embûches. La situation actuelle est, en réalité, un exercice de survie.
