Ecopetrol : le départ de son président, un parfum d'évasion judiciaire ?
La décision de la direction d'Ecopetrol, la compagnie pétrolière colombienne, d'accorder un congé sabbatique et une licence non rémunérée à son président, Ricardo Roa, soulève un tollé politique. Alors qu'il fait face à deux enquêtes judiciaires, son départ, coïncidant avec une période clé d'élections internes, alimente les soupçons d'une manœuvre pour échapper à la justice.
Un départ opportun ou une fuite anticipée ?
L'annonce, faite lors de l'assemblée générale du 6 avril 2026, a déclenché une vague de critiques, notamment au sein du Congrès colombien. Le sénateur Carlos Fernando Motoa, porte-parole du parti Cambio Radical, a immédiatement pointé du doigt le risque d'une potentielle fuite du dirigeant, évoquant des précédents troublants. L'ombre des ex-fonctionnaires, César Manrique et Carlos Ramón González, impliqués dans le scandale de la Unidad Nacional de Gestión del Riesgo de Desastres (Ungrd) et aujourd'hui en fuite, plane sur cette affaire. Leur disparition hors du pays, après avoir bénéficié de mesures d'assurance, résonne comme un avertissement.
Motoa a ainsi lancé un appel pressant : “Est-ce que Ricardo Roa a décidé de ‘s’envoler’ ? Après César Manrique et Carlos Ramón González, il est impératif de l'empêcher de quitter le pays !”. Une référence directe aux précédents où des personnalités impliquées dans des affaires de corruption ont réussi à échapper à la justice en s'exilant.
L'affaire Roa est d'autant plus sensible qu'il est accusé de trafic d'influence et de financement illégal de campagnes, notamment dans le cadre de la campagne présidentielle de Gustavo Petro en 2022. Le fait qu'il n'ait pas comparu à l'audition prévue le 28 mars, invoquant des “engagements professionnels”, ne fait qu'ajouter à la suspicion générale.

Une conjonction de facteurs controversés
La décision de la direction d'Ecopetrol, prise lors d'une session extraordinaire, intervient alors que plusieurs membres de l'organe, dont César Loza du syndicat USO et les indépendants Luis Felipe Henao et Ricardo Rodríguez Yee, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux risques financiers et de réputation liés au maintien de Roa en poste pendant les investigations. Cette licence, combinée à la période des élections internes (première et deuxième tours prévus fin mai et juin), soulève des questions quant à la transparence du processus de succession.
Comme l'a cyniquement déclaré Roa lui-même, “Tout est possible. Je prendrais de longues vacances si cela m’était proposé, et me prendrais une licence non rémunérée. Pas de problème. Il existe une ligne de succession chez Ecopetrol”. Une déclaration qui, plus qu'une simple constatation, ressemble à une anticipation des événements et une manière subtile de se désengager de la gestion quotidienne de l'entreprise.
La saga de Ricardo Roa s'inscrit dans un contexte de tensions politiques croissantes en Colombie, marquée par plusieurs scandales de corruption impliquant des proches du président Petro. L'affaire Ecopetrol risque de devenir un nouveau champ de bataille politique, exacerbant les divisions et fragilisant davantage l'image du gouvernement. Le remplacement de Roa, attendu pour le 28 juin, sera scruté à la loupe par l'opinion publique et les acteurs politiques. Juan Carlos Hurtado, Vice-président Exécutif des Hydrocarbures, est pressenti pour assurer l'intérim.