Espagne : accord historique sur les réparations pour abus sexuels dans l'église, mais pas de sommes fixées

Madrid – Un accord majeur a été conclu en Espagne pour indemniser les victimes d'abus sexuels au sein de l'Église, mais les détails financiers restent flous. Le ministre de la Présidence, Félix Bolaños, a annoncé que le protocole, signé avec la Confrérie épiscopale espagnole (CEE) et la Confédération espagnole des religieux (Confer), ne prévoit pas de barèmes ou de montants précis, une décision justifiée par la complexité de chaque cas.

Une approche personnalisée face à des blessures profondes

« Une réparation juste ne doit pas être déterminée par une somme d'argent », a déclaré M. Bolaños lors d'une conférence de presse. Le protocole établit des critères objectifs pour évaluer la gravité des abus, la violence exercée, l'âge de la victime, la durée des agressions et la relation entre l'agresseur et la victime. Ces critères serviront de base à une proposition d'indemnisation, qui sera ensuite validée par l'État.

L’accord, connu du Vatican depuis le week-end dernier, s'inscrit dans un contexte de méfiance croissante des victimes envers les diocèses et les ordres religieux. « Il y a des domaines où la réparation intégrale est impossible. Des blessures provoquées nécessitent une autre dimension », a reconnu Luis Argüello, président de la CEE. Il a toutefois souligné l'engagement de l'Église à agir face à chaque situation.

Le gouvernement espagnol travaille à l'adoption d'une loi pour garantir l'exonération fiscale des indemnités versées aux victimes, une mesure attendue dans les prochains mois. Une réorganisation du ministère est également prévue pour permettre aux victimes de déposer leurs demandes à partir du 15 avril.

Le Défenseur des droits, Ángel Gabilondo, insiste sur le caractère personnalisé et humain de ce processus. « Ce n’est pas un simple traitement administratif. C'est un dispositif flexible, professionnel et adapté à la souffrance individuelle. » Un groupe de professionnels indépendants évaluera les demandes dans un délai de trois mois, suivi d'une analyse par la commission consultative PRIVA.

La complexité de la tâche est telle que même la CEE reconnaît que certaines blessures dépassent les simples compensations financières. Pourtant, « il est toujours préférable de tenter un accord, même imparfait, qu'aucun accord », a affirmé Jesús Díaz Sariego, président de la Conférence espagnole des religieux. L'objectif est de rendre opérationnel un système de reconnaissance et de réparation globale, tout en évitant la revictimisation des victimes. L'accord représente un pas nécessaire, mais les défis restent immenses.

L'accord, bien que critiqué par certains pour son manque de clarté financière, représente une reconnaissance significative des souffrances endurées et un premier pas vers une justice pour les victimes. La question demeure : comment garantir une application effective de ce protocole et une véritable réparation pour toutes les victimes?