Honduras: 59 féminicides en 2026, l'impunité gangrène la justice

Le chiffre est glaçant, une statistique qui hurle l'urgence : 59 femmes assassinées en à peine quelques mois au Honduras. Derrière ce nombre froid se cachent des vies brisées, des familles dévastées et une justice aveugle. Valeria Jolette, étudiante en médecine dont les rêves ont été brutalement écroulés, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres d’une spirale de violence qui s’emballe.

La mara salvatrucha pointée du doigt, mais l'impunité reste reine

L'arrestation de deux membres présumés de la Mara Salvatrucha (MS-13) dans l'affaire Jolette apporte un semblant de soulagement, mais ne saurait masquer l'ampleur du problème. Le véritable scandale réside dans l'incapacité chronique de l'État à protéger les femmes menacées. Honoria Rodríguez, figure de proue de la défense des droits des femmes, l'a dénoncé avec amertume : les plaintes déposées par certaines victimes, avant de subir le pire, sont restées lettre morte. Une négligence institutionnelle qui profite aux agresseurs, gangrenant la police, le ministère public et le système judiciaire.

Le constat est alarmant : plus de 95% des féminicides en Honduras restent impunis. Un chiffre honteux qui place le pays parmi les plus dangereux d'Amérique centrale pour les femmes. Le Comissionado Nacional de los Derechos Humanos (CONADEH) exprime sa vive préoccupation face à la cruauté et aux modes opératoires de ces assassinats, qui témoignent d'une escalade de la violence.

Une spirale infernale depuis 2005

Une spirale infernale depuis 2005

Le bilan est effroyable si l'on remonte le temps. Depuis 2005, l'Observatorio Nacional de la Violencia Muerte Violenta de Mujeres y Feminicidios a recensé pas moins de 7 746 assassinats de femmes. Un pic a été atteint en 2013 avec une taux de 14,6 féminicides pour 100 000 habitantes. Si une légère diminution avait été observée entre 2014 et 2022, 2023 a vu une regrettable remontée, confirmant que la situation est loin d'être maîtrisée. Une femme est assassinée toutes les 36 heures, une tragédie qui se répète sans relâche.

Même les jours fériés ne sont pas épargnés. La semaine de Pâques, censée être un moment de recueillement, a été marquée par de nouveaux féminicides, soulignant l'absence de répit pour les femmes honduriennes. Nicole Ham, de la Defensoría de la Mujer du CONADEH, insiste sur l'obligation de l'État de mener des enquêtes approfondies et d'éradiquer l'impunité. La réalité est simple : la vie des femmes en Honduras vaut moins que celle des criminels.

La directrice de l'Observatoire de la violence, Migdonia Ayestas, qualifie la situation d'“urgence sociale”, une expression qui résume parfaitement l'ampleur de la crise. Face à cette hécatombe, la question n'est plus de savoir si des mesures doivent être prises, mais quand et comment. L'inaction est une complicité.