Mexique : le fracking, un retour controversé au cœur de la stratégie énergétique

La question de l’exploitation du gaz de schiste en Méxique revient sur l’agenda nationale, portée par le gouvernement actuel. Une décision qui risque de creuser les profondes fractures hydriques déjà présentes dans le pays.

Un débat relancé par la souveraineté énergétique

Un débat relancé par la souveraineté énergétique

Le vice-président de l’Association Mexicaine pour l’Hydratation Correcte, Ramiro López Aguirre, met en lumière une réalité alarmante : le Mexique importe entre 70 et 75% de son gaz naturel. Cette dépendance, ancrée dans le discours de la ‘4T’, est aujourd’hui remise en question par la Présidente Sheinbaum.

Le retour au débat sur le fracking, ou fracturation hydraulique, est donc une stratégie calibrée, déguisée en ‘décision responsable’ et encadrée par un comité scientifique.

Mais l’apparence est trompeuse. L’intensité hydrique de cette technique, nécessitant de 10 à 14 millions de litres d’eau par puits – soit jusqu’à dix fois plus que les forages conventionnels – soulève des questions cruciales. Cette eau, chargée de produits chimiques et de métaux lourds, représente un risque concret de contamination des nappes phréatiques et des cours d’eau.

Un coût environnemental démesuré

Le gouvernement insiste sur l’utilisation de nouvelles technologies, la réutilisation d’une partie de l’eau et l’emploi de fluides moins agressifs. Cependant, les spécialistes insistent : le risque structurel de pollution demeure. Même si la consommation d’eau potable était réduite, la menace pour les aquifères reste palpable.

Le contexte est déterminant. Le Mexique est déjà confronté à une charge importante de pollution hydrique due à l’industrie énergétique. Le fracking, loin d’être une solution miracle, risquerait d’amplifier cette tendance.

L’ouverture énergétique de 2013-2014, initiée par Enrique Peña Nieto, avait déjà été vivement critiquée par les associations civiles, les universitaires et les mouvements environnementaux. Le fracking, alors présenté comme un levier de croissance, s’est avéré être une impasse. Aujourd’hui, la rhétorique a changé, mais la logique reste la même : extraire du gaz non conventionnel au prix de l’eau et des produits chimiques. Il ne s’agit plus tant d’un changement de méthode que d’un ajustement de la justification.

La réalité est plus sombre : plus de 23 millions de mètres cubes d’eau contaminée sont rejetés chaque année. Le débat ne doit donc pas se concentrer sur la ‘propreté’ du fracking, mais sur la capacité du Mexique à continuer à polluer ses ressources en eau. L’eau, contrairement au gaz, n’a pas de substitut. Une décision énergétique est, en fin de compte, une décision sanitaire.

La tension entre discours et réalité

Le virage du gouvernement actuel, passant d’une interdiction implicite à une évaluation active du fracking, témoigne d’une tension profonde entre les discours environnementaux et les impératifs économiques. Il est impératif de se demander si l’eau sera une fois de plus la variable d’ajustement, comme en témoignent les douloureuses leçons du passé.