New york freine à l'essor des voitures autonomes : un signal d'alarme ?
L'ambition de Waymo, filiale d'Alphabet, de dominer le marché des véhicules autonomes aux États-Unis a essuyé un revers significatif : ses expérimentations à New York ont été brutalement interrompues, non pas par un accident, mais par l'expiration de ses permis. Un coup d'arrêt qui révèle les tensions persistantes entre l'innovation technologique et la réalité complexe de la réglementation urbaine.
Une réglementation à la traîne
Depuis un an, huit Jaguar I-PACE équipés de systèmes de conduite autonome sillonnaient Brooklyn et Manhattan, sous la surveillance constante d'un copilote humain. Ces essais, bien que prudents, avaient suscité des débats animés quant à la sécurité publique et à l'absence de cadre juridique spécifique pour les véhicules autonomes dans la ville. La décision du Département des Transports de New York (DOT) de ne pas renouveler les permis, expirés le 31 mars, illustre une méfiance grandissante face à cette technologie disruptive.
L'entreprise, forte d'investissements considérables – plus de 3 millions de dollars en lobbying – cherchait à s'implanter durablement dans la métropole. Mais le volte-face de la gouverneure Kathy Hochul, qui avait initialement soutenu l'expansion des essais, a précipité la situation. Une ironie cruelle pour une entreprise qui prétend offrir une sécurité supérieure à la conduite humaine, s'appuyant sur des données affichant une réduction de 92% des accidents graves ou mortels sur 273 millions de kilomètres parcourus en conduite autonome.

Des défis urbains uniques
New York n'est pas San Francisco. C'est ce que souligne Sam Schwartz, ancien commissaire de la circulation et expert en transport. La densité de population, la diversité des modes de déplacement – piétons, vélos, taxis – et la présence importante de seniors rendent la ville particulièrement exigeante pour les véhicules autonomes. Waymo n'a d'ailleurs pas souhaité partager les données détaillées de ses essais new-yorkais, alimentant les critiques sur le manque de transparence.
La New York Taxi Workers Alliance, qui regroupe près de 180 000 conducteurs, exprime ouvertement son inquiétude : “Ni la ville ni l'État ne sont prêts. Nous n'avons pas de politiques, pas de réglementations. Laisser ces entreprises définir les règles est une recette pour le désastre.” Le risque de perte d'emplois dans le secteur du transport est une préoccupation majeure.
Si les permis sont renouvelés, Waymo envisagera de lancer une nouvelle phase d'essais. Mais le chemin reste semé d'embûches. La discussion législative à Albany, où un projet de loi visant à supprimer l'obligation d'un conducteur humain stagne, déterminera l'avenir de la conduite autonome dans l'État. L'expiration de ces permis n'est pas qu'un simple revers technique : c'est une mise en garde, un signal d'alarme sur la nécessité d'une régulation réfléchie et humaine avant de confier les rues de nos villes à des machines.
