Nicaragua : les réserves d'état explosent, un signe d'inquiétude ?

San José, 10 avril. Le Banco Central de Nicaragua enregistre une flambée spectaculaire de ses réserves internationales, atteignant 9,4329 milliards de dollars au mois de mars – une progression de 42,8 % par rapport à la même période de l’année précédente. Un chiffre qui sonne davantage comme une alerte que comme une simple statistique.

Un bondissement sans précédent

Cette augmentation, dépassant les 9,0453 milliards de dollars constatés en février, reflète une croissance exponentielle en quatre ans. Le BCN attribue cette performance remarquable à une série d’opérations de change, aux intérêts générés par ses investissements en réserves, ainsi qu’à l’afflux de capitaux extérieurs – publics et privés. Un tableau, en apparence, encourageant pour une économie récemment marquée par des fluctuations et des périodes de contraction.

Mais l’analyse plus fine révèle une fragilité sous-jacente. La couverture de cette masse de réserves par la monnaie fiduciaire atteint désormais 4,1 fois, un niveau confortable certes, mais qui pourrait être menacé par les incertitudes géopolitiques persistantes et les sanctions internationales pesant sur le pays. L’estimation du BCN d’une croissance économique de 3,5 à 4 % pour 2026, conjuguée à une inflation comprise entre 2,5 et 3,5 %, semble optimiste dans un contexte international aussi volatil.

Une économie fragile, un resserrement progressif

Une économie fragile, un resserrement progressif

Si le PIB nicaraguayen a progressé de 4,9 % en 2025, après un rebond de 3,6 % en 2024, il est crucial de se souvenir des années de stagnation et de contraction qui ont précédé ces gains. Le pays a connu une croissance moyenne de -2,7 % entre 2018 et 2020. Il est donc impératif d’analyser cette flambée des réserves dans le contexte d’une économie toujours sensible aux chocs externes.

Le BCN mise sur un afflux de ressources externes et une stabilisation de l'inflation. Une perspective qui, pour l'heure, demeure incertaine. La situation exige une vigilance accrue et une gestion prudente des finances publiques. Le souvenir des difficultés passées doit servir de leçon, et non de justification à une complaisance excessive.