Patagonie : un pasteur évangéliste enfin puni après des années d'horreur
La justice chilienne a rendu un verdict retentissant, mettant un terme définitif à une affaire d'abus sexuels sur mineure qui avait ébranlé la région de la Patagonie argentine. La Cour suprême a confirmé la condamnation de Samuel Josué Figueroa, pasteur évangéliste, à 14 ans de prison pour les violences sexuelles qu'il a commises sur sa propre belle-fille pendant sept longues années. Une victoire fragile, mais essentielle, pour une victime qui a longtemps porté le poids du silence et de la peur.
Un crime insidieux, dissimulé sous couvert de foi
L'histoire, qui a débuté en 2000 dans la petite ville d'El Maitén, est d'une cruauté glaçante. Figueroa, figure centrale de la communauté évangéliste et figure paternelle pour la jeune fille, a abusé de sa position de confiance pour la soumettre à des actes de violence sexuelle répétés, entre 8 et 15 ans. Les touches, les baisers et les agressions sexuelles se sont déroulés dans l'intimité du foyer familial, profitant des absences de la mère et de la vulnérabilité de l'enfant.
Le pasteur a scrupuleusement entretenu le secret, utilisant la menace pour maintenir sa victime dans un état de terreur permanent. Il la menaçait de dire à sa mère que, si elle révélait la vérité, celle-ci ne pourrait pas supporter la honte et se suiciderait. Une manipulation perverse qui a contraint la jeune fille à porter le fardeau de ce crime, isolée et impuissante.

Une justice en échec, puis un revirement spectaculaire
Le premier verdict, rendu en mars 2020, avait condamné Figueroa. Mais un revirement jugé aberrant par de nombreux observateurs avait failli le laisser libre. Le Tribunal supérieur de justice de Chubut avait annulé le procès en se fondant sur un simple vice de procédure : un délai dépassé pour la fixation de la peine. Une décision qui, selon les critiques, avait ignoré le contexte exceptionnel de la pandémie de COVID-19 et risquait de rouvrir les traumatismes de la victime.
L'affaire a alors pris une tournure rocambolesque. La victime, déjà adulte, a refusé de témoigner à nouveau, incapable de revivre l'horreur de son enfance. Figueroa semblait sur le point de recouvrer sa liberté grâce à cette faille technique. Pourtant, la procureure générale de Chubut, Jorge Miquelarena, a fait appel auprès de la Cour suprême, mettant en lumière l'aveuglement du tribunal provincial face aux droits fondamentaux de la victime et aux mesures restrictives imposées par la pandémie.

La cour suprême rétablit la justice
Les juges Rosatti, Rosenkrantz et Lorenzetti ont mis fin à cette mascarade judiciaire. Ils ont rappelé que les procédures ne peuvent s'imposer au-dessus de la protection des victimes de violences sexuelles, ni ignorer le bon sens face à une crise sanitaire sans précédent. La Cour suprême a ainsi validé la condamnation de Figueroa, mettant un terme à cette saga tragique et offrant un peu de répit à une femme qui a lutté pendant deux décennies pour faire éclater la vérité.
Samuel Josué Figueroa, dont le père, un ancien évêque, a également été condamné pour abus sur mineurs à Bariloche, devra désormais purger sa peine en prison. Cette affaire souligne une réalité sombre : même les figures religieuses peuvent être les auteurs d'atrocités, et la justice doit rester inflexible face à de tels crimes. Le silence a été brisé, et la loi a enfin parlé.
