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Pérou : une candidate s'engage pour une vérité sur les abus religieux

Marisol Pérez Tello, candidate à la présidence péruvienne, a brisé le silence sur un sujet longtemps tabou : les abus sexuels au sein des institutions religieuses. Son engagement public, consigné dans un document signé le 31 mars dernier, marque une rupture significative dans le paysage politique péruvien, où ces questions sont souvent éludées.

Une commission de vérité, exigence pressante

Une commission de vérité, exigence pressante

Alors que 35 candidats se disputent le pouvoir, Pérez Tello se distingue en étant la seule à soutenir la création d'une commission de vérité dédiée à l'investigation des abus sur mineurs au sein de l'Église catholique et d'autres confessions. Cette initiative, saluée par le réseau des survivants du Pérou, ne se limite pas à l'Église catholique. Elle ambitionne d'examiner les pratiques d'autres religions et sectes, conformément aux recommandations du Comité des Nations Unies sur les droits de l'enfant.

José Enrique Escardó, président du réseau des survivants et lanceur d'alerte dans l'affaire du Sodalicio de Vida Cristiana (SVC), a exprimé sa gratitude envers la candidate. “Merci pour votre engagement envers le réseau et envers toute la population,” a-t-il tweeté, soulignant l'importance de cette prise de position.

Le SVC, un groupe apostolique fondé par Luis Figari, a été au cœur d'un scandale retentissant d'abus sexuels. L'organisation a été dissoute en 2025 suite à une enquête du Vatican et à l'expulsion de son fondateur et d'autres membres, une décision ordonnée par le pape François. L'affaire a révélé l'ampleur des dérives au sein de cette institution et mis en lumière l'impunité dont certains responsables bénéficiaient.

Mais ce n'est pas le seul cas d'abus impliquant des figures religieuses de premier plan. Le cardinal Juan Luis Cipriani, ancien archevêque de Lima, a été contraint à l'exil en janvier dernier suite à des allégations d'abus sexuels remontant à son enfance. Bien que le cardinal nie en bloc ces accusations, la polémique a terni son image et suscité une vague d'indignation au sein de la société péruvienne.

L'engagement de Pérez Tello ne se limite pas à une simple déclaration d'intention. Elle s'est engagée à diffuser publiquement son engagement dans les médias, sur son site web et via les réseaux sociaux. Elle promet également de faire pression pour la mise en place d'une audit nationale indépendante, impliquant des experts multidisciplinaires, des victimes et des organisations de la société civile, tant nationales qu'internationales. Un processus transparent et rigoureux, conforme aux standards internationaux, est une condition sine qua non pour que cette commission de vérité puisse accomplir sa mission.

Le Comité des Nations Unies avait déjà alerté le Pérou en février 2023 sur l’impunité dont bénéficiaient les auteurs de crimes de violence sexuelle et spirituelle envers les enfants au sein des institutions religieuses. L’Union européenne et diverses organisations de défense des droits humains ont également souligné cette lacune dans le système judiciaire péruvien.

Face à cette situation alarmante, l'engagement de Marisol Pérez Tello représente un pas important vers la reconnaissance des droits des victimes et la lutte contre l'impunité. Mais la route sera longue et semée d'embûches. La vérité sur les abus religieux ne pourra être établie qu'à travers un processus transparent, impartial et inclusif, qui donne une voix à ceux qui ont été réduits au silence pendant trop longtemps.