Pogacar : le triomphe sans saveur qui menace le cyclisme
Le Tour de Flandes approche à grands pas, et déjà, les voix s'élèvent pour exprimer une inquiétude grandissante : le spectacle s'appauvrit. L'omniprésence de Tadej Pogacar, bien que indéniablement impressionnante, risque de tuer l'émotion et l'incertitude, les moteurs même d'un sport qui vit de ses rebondissements.
L'ombre de pogacar plane sur flandes
Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006 et consultant pour EFE, l'a dit sans ambages : "La storia est scritta entre Pogacar et Van der Poel". Une affirmation qui condense la réalité du cyclisme actuel. Van Aert pourrait bien se glisser dans la faille, mais Evenepoel, selon Pereiro, est “un cran en dessous des plus grands”. Un verdict sévère, certes, mais qui témoigne d'une domination écrasante qui laisse peu de place à la surprise.
Pogacar, véritable machine à gagner, semble plus préoccupé par la préparation de Paris-Roubaix, son véritable objectif de la saison, que par l'issue du Tour de Flandes. Cette stratégie, bien que logique d'un point de vue sportif, ne contribue pas à l'excitation du public. Le spectateur, conscient du déroulé probable des événements, risque de perdre l'envie de suivre la course.

Pogacar, nouveau merckx ? une comparaison vaine
La question de comparer Pogacar à Eddy Merckx, le "Canibal" légendaire, est inévitable. Mais selon Pereiro, c'est une erreur. "Les séparant un abîme d'époque et d'évolution du cyclisme, les comparer relève de l'inutile. Merckx a dominé son temps dans un contexte radicalement différent, tandis que Pogacar évolue dans un monde hyper-technologique et ultra-compétitif." Toute tentative de réduction à une simple équation est vouée à l'échec.
Ce qui inquiète le plus, c'est la manière dont Pogacar s'impose. Une domination trop écrasante, qui dénature l'essence même de la compétition. "Ce n'est pas bon pour le cyclisme", affirme Pereiro. Il évoque un passé où "il fallait manger et laisser manger", un esprit de partage et de fair-play qui semble s'effacer au profit d'une course à la performance exacerbée.
Le constat est cruel : l'attrait d'une course où l'issue est prévisible s'amenuise. Le spectateur a besoin d'incertitude, de suspense, de l'espoir de voir un outsider détrôner le favori. Sans cela, le cyclisme risque de se transformer en une démonstration technique, privée de son âme et de son charme.
Pereiro, bien que conscient de l'impact positif de la venue de Pogacar à la Vuelta d'España, tempère son enthousiasme : “J'aimerais que Pogacar vienne, mais une course est toujours plus palpitante lorsque le suspense dure jusqu'au dernier week-end.” Le cyclisme, pour lui, c'est “un cyclisme où l'on ne sait pas ce qui va se passer jusqu'à ce que la ligne d'arrivée soit franchie.” Une philosophie qui contraste avec la prévisibilité grandissante du sport actuel.
Le cyclisme a besoin de se réinventer, de retrouver un équilibre entre la performance et le spectacle. Sinon, le risque est réel : celui de voir le public s'éloigner, lassé par une domination sans partage. Et cela, aucune équipe, aussi puissante soit-elle, ne peut se permettre de le subir.
