Prolifération de lièvres et jaboulin : le champ espagnol en ébullition
La situation atteint un point critique. La surpopulation de lièvres et de sangliers menace désormais la survie de l’agriculture espagnole, plongeant les campagnes dans une crise économique et sanitaire d’une ampleur considérable.
Un coût humain et financier démesuré
Selon un rapport alarmant de la fondation Artemisan, les dégâts causés par ces animaux sauvages en 2024, concentrés sur plus de 26 000 hectares, représentent une perte économique estimée à 1,8 million d’euros. Le nombre de blessures humaines, liées notamment aux attaques de sangliers, dépasse les 15 000 incidents.
Mais l’analyse des causes profondes reste fragmentée. Si la prolifération du lièvre est d’autant plus préoccupante, selon Laura Moreno, responsable des espèces menacées au WWF, qu’elle est elle-même classée comme espèce en danger d’extinction, la situation est paradoxale : tandis que les populations de lièvres dans les zones forestières ont chuté de 60 % au cours des dernières années, elles prospèrent dans les terres agricoles.
Cette dichotomie territoriale, conséquence d’une transformation radicale du paysage agricole – abandon des « paysages en mosaïque » au profit de modèles intensifs et d’une expansion massive du réseau hydro-agricole – engendre des déséquilibres majeurs, tant sur le plan socio-économique que biodiversité.

La gestion : un impératif urgent
Luis Fernando Villanueva, directeur de la fondation Artemisan, insiste sur la complexité du phénomène et le rôle crucial de l’action humaine. Il souligne que la prolifération du sanglier, amplifiée par l’installation de routes et de voies ferrées qui servent de refuges sécurisés, nécessite une gestion proactive et flexible des périodes et des méthodes de chasse.
La clé réside, selon Moreno et Villanueva, dans une refonte radicale de l’écosystème agricole, une reconversion qui doit prendre en compte les besoins de la biodiversité et la viabilité économique de l’agriculture. L'urgence est palpable. Le silence sur ce problème est impensable.
Il ne s’agit pas tant de la destruction causée par les lièvres que de l’altération de l’environnement qui génère ces déséquilibres. Une action concertée et rapide est indispensable pour préserver le cœur du rural espagnol.