Syrie : une ouverture inattendue pour les kurdes ?
Damasco a franchi une étape décisive, annonçant l'ouverture du processus de naturalisation pour les Kurdes syriens. Une mesure qui, sur le papier, témoigne d'une volonté de réconciliation, mais dont les implications géopolitiques restent à décrypter.

Un décret historique, enfin appliqué
Le décret législatif numéro 13, émis en janvier dernier par le gouvernement d'Ahmed al Shara, reconnaissait les droits et l'identité kurdes. Après des mois d'attente, la Direction Générale des Affaires Civiles du Ministère de l'Intérieur a officiellement lancé la réception des demandes de citoyenneté ce lundi. Les centres d'enregistrement seront ouverts à Damas, Alep, Hasaka, Raqqa et Deir Ezzor, régions où la population kurde est majoritairement présente.
Le vice-ministre de l'Intérieur, le général Ziad al Ayesh, a insisté sur le caractère inclusif de cette initiative. Le texte souligne que les Kurdes syriens sont considérés comme une composante essentielle du peuple syrien, et que leur identité culturelle et linguistique est “inseparable de l'identité nationale syrienne, diverse et unifiée”. Une déclaration qui tente d'apaiser les tensions historiques.
Mais la réalité est plus complexe. Le décret ne se limite pas à la naturalisation. Il autorise l'enseignement du kurde dans les écoles publiques, déclare Nowruz, la nouvelle kurde, comme jour férié, et décrète l'abrogation de lois discriminatoires remontant au controversé recensement de 1962, qui avait privé environ 120 000 Kurdes de leur citoyenneté. Un catalogue de mesures qui, si elles sont appliquées concrètement, pourraient transformer le paysage social et politique du pays.
Cependant, il est crucial de ne pas céder au simple optimisme. Le régime syrien a souvent utilisé des ouvertures similaires pour diviser et affaiblir l'opposition, notamment en offrant des amnisties sélectives à d'anciens rebelles. La question de l'autonomie kurde, revendiquée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), demeure un point de friction majeur. Le régime ne semble pas prêt à accorder une autonomie réelle aux Kurdes, préférant les intégrer dans un système centralisé, contrôlé de Damas.
Le chemin vers une véritable réconciliation sera long et semé d'embûches. Mais cette ouverture, si elle est sincère, pourrait marquer un tournant dans les relations entre le régime et la communauté kurde, et contribuer à la stabilisation du pays. La vigilance reste de mise, car l'histoire nous enseigne que les promesses ne sont pas toujours tenues.
La cifra habla por sí sola: 120 000 Kurdes privés de leur citoyenneté en 1962. Un nombre qui témoigne de la profondeur des blessures et de l'ampleur du défi à relever.
