Trinidad et tobago : chevron et shell, un partenariat stratégique sous le feu des tensions caribéennes
La première ministre trinidadienne, Kamla Persad-Bissessar, a officiellement approuvé une restructuration des actifs entre Chevron et Shell, un geste qui intervient dans un contexte géopolitique particulièrement volatile au cœur des Caraïbes.
Nouvelles orientations énergétiques face à caracas
Cette décision, prise alors que les deux entreprises se préparent à des négociations avec le Venezuela sur les ressources pétrolières transfrontalières, marque un tournant stratégique. Shell renforcera sa production de pétrole brut au Venezuela, tandis que Chevron se concentrera sur le gaz naturel. Un repositionnement clair, mais qui s’inscrit dans une dynamique plus large de reconfiguration du paysage énergétique de la région.
Persad-Bissessar a souligné que l'intérêt économique, sous réserve de la satisfaction des investisseurs, ne constitue pas un obstacle. Un argument pragmatique qui témoigne d'une volonté de naviguer avec prudence dans un environnement où les relations avec Caracas restent tendues.

Un partenariat élargi vers la dragon
L’intérêt affiché de Persad-Bissessar pour cette restructuration n’est pas le moindre. Elle a notamment fait part de son souhait de collaborer avec Shell et BP, impliqués dans le projet Dragon, un gisement de gaz situé en eaux vénézuéliennes mais stratégiquement proche de Trinidad et Tobago. Cet élan pourrait ouvrir la voie à une coordination accrue sur les gisements de Loran-Manatee, également situés dans la zone maritime partagée.
Les défis géopolitiques à l’horizon
La situation reste cependant complexe. Les sanctions américaines contre le Venezuela continuent de peser sur les projets énergétiques, notamment le développement du gisement Dragon, qui a connu de multiples retards. La question de la sécurité et du contrôle des risques demeure primordiale, et il s’agit bien plus qu’un simple accès au gaz.
Carolyn Seepersad-Bachan, ancienne ministre de l’Énergie, a d’ailleurs alerté sur la nécessité pour les petits États énergétiques de faire preuve de résilience face aux puissances mondiales. Elle souligne que le succès de ces négociations dépendra de garanties légales et commerciales solides. Un avertissement lucide face aux incertitudes qui entourent cette coopération bilatérale.
Caracas et trinidad et tobago : une relation instable
Les relations entre les deux pays oscillent depuis des années, aggravées par la position de Persad-Bissessar, alignée sur les intérêts stratégiques des États-Unis. Le Venezuela a d'ailleurs qualifié la dirigeante trinidadienne de « personne non grata », et Trinidad et Tobago a reconnu Delcy Rodriguez comme présidente chargée de gouvernement. Une escalade des tensions qui met à l’épreuve les efforts de dialogue.
Malgré ces difficultés, Persad-Bissessar prévoit une visite à Caracas dans un avenir proche. Un signe d’ouverture, mais qui ne saurait occulter les défis géopolitiques complexes auxquels le pays est confronté. Le quid de l’affaire ne réside pas seulement dans l’exploitation du gaz, mais dans le contrôle, la sécurité et la gestion des risques, une leçon que les petits États énergétiques doivent bien prendre. L’avenir énergétique de Trinidad et Tobago dépendra de sa capacité à naviguer avec succès dans ce jeu géopolitique.
