Uruguay : le tourisme religieux, une renaissance inattendue ?

Loin de l'image d'un pays laïque et progressiste, l'Uruguay s'apprête à accueillir une vague de pèlerins et de curieux. Un tourisme religieux, longtemps ignoré, prend de l'ampleur, transformant l'offre touristique et révélant une facette insoupçonnée du pays.

Un héritage religieux réactivé

Si l'Uruguay a officiellement séparé l'Église de l'État en 1919, la religion catholique demeure profondément ancrée dans l'identité nationale. Rosario Bianco Burgos, pionnière de cette initiative, s'est donné pour mission de redécouvrir et de promouvoir ce patrimoine spirituel. La traditionnelle « Noche de los Templos », devenue un événement phare, attire chaque année un public de plus en plus large, mêlant croyants et non-croyants, locaux et étrangers.

« Notre patrie a été fondée sur la religion catholique », souligne Bianco Burgos. « Bien que l'État soit laïque, le peuple ne l'est pas. » Et elle a raison : des églises catholiques aux synagogues, en passant par les temples méthodistes et les mosquées récemment intégrées, la diversité religieuse uruguayenne se révèle être une richesse touristique inexploitée.

Un dialogue interreligieux prometteur

Un dialogue interreligieux prometteur

L'essor du tourisme religieux est également porteur d'un message d'ouverture et de tolérance. Le pasteur Adriano Frattini de l'Église Méthodiste souligne l'existence d'« des espaces de dialogue interreligieux fluides et amicaux » entre les différentes confessions chrétiennes et même au-delà. « Nous ne sommes pas en situation de combat ou de condamnation mutuelle, mais plutôt dans une volonté de reconnaître les lumières qui brillent dans chaque culture et les différentes manières de concevoir la divinité. »

Cette dynamique est également perceptible au sein de la communauté juive, où Shai Abend, directeur de « Bereshit la experiencia judía », insiste sur l'importance de « créer des espaces de dialogue interreligieux et interculturels » pour réduire les préjugés et favoriser une meilleure cohabitation. Son initiative, née il y a plus de dix ans, vise à connecter les visiteurs à l'histoire et à la culture juive en Uruguay, en adaptant les activités aux intérêts de chacun.

Villa serrana : un symbole de paix universelle

L'un des projets les plus ambitieux et originaux est sans conteste le « Symbole de la Paix » de Villa Serrana, dans le département de Lavalleja. Ce jardin collectif, aménagé au sein d'une circonférence de pierre de plus de 20 000 mètres carrés, est divisé en quatre parties égales par une croix géante, hommage au christianisme, au judaïsme et à l'islam. Créé par le couple uruguayen Omar Caballero et Noelia Franco, ce lieu unique aspire à être reconnu comme le plus grand symbole de paix interreligieux du monde par le Guinness World Records.

Ce projet, béni par le pape François en 2023, illustre parfaitement la vision du pontife : les religions, « comme des langues différentes », sont toutes des « chemins valables pour atteindre Dieu ».

Alors que l'Uruguay se prépare à accueillir les visiteurs pour la Semana de Turismo, il est clair que le tourisme religieux n'est plus une simple curiosité, mais une opportunité de développement économique et de rayonnement culturel. Il reste cependant, selon Bianco Burgos, à obtenir « un peu plus de validation » et de soutien institutionnel pour que cette renaissance spirituelle se consolide durablement.

La transformation de Montevideo en pôle d'attraction touristique religieux est déjà amorcée, et l'avenir s'annonce riche en découvertes pour ceux qui sauront apprécier la profondeur et la diversité du patrimoine spirituel uruguayen. Le pays, jadis perçu comme un bastion du laïcisme, se révèle être un terrain fertile pour le dialogue interreligieux et la quête de sens.