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Venezuela : la promesse brisée de l'amnistie

Caracas est à la croisée des chemins. Après la promulgation d'une loi d'amnistie censée apaiser les tensions et libérer les prisonniers politiques, une réalité amère se dessine : l'application sélective de cette mesure, illustrée par le refus de libération du journaliste Rory Branker, creuse un fossé béant entre l'espoir et la désillusion.

Une justice à deux vitesses, source de revictimisation

Une justice à deux vitesses, source de revictimisation

L'ONG Justicia, Encuentro y Perdón (JEP) dénonce avec force cette application arbitraire, soulignant que l'amnistie, loin de libérer tous, inflige un « profond dommage émotionnel et une vulnérabilité accrue » à ceux qui y sont injustement exclus. Le cas de Rory Branker, journaliste de La Patilla détenu pendant près d'un an pour des accusations de terrorisme, conspiration et trahison, est, selon JEP, la « preuve irréfutable » d'un cycle de revictimisation perpétué par une justice discrétionnaire.

« Sa voix représente des milliers de personnes qui, malgré l'amnistie, restent prisonnières d'un système qui les retient comme otages », affirme l'organisation. La loi d'amnistie, initialement présentée comme un geste de réconciliation, se révèle paradoxalement un instrument de sélectivité, laissant dans le flou les critères d'éligibilité et alimentant les accusations de manipulation politique.

Le Sindicato Nacional de Trabajadores de la Prensa (SNTP) a confirmé le refus de la demande d'amnistie de Branker, ajoutant qu'il reste formellement accusé de ces crimes. Le tribunal justifie cette décision en invoquant le fait que le dossier ne « procède pas », renvoyant le journaliste dans l’incertitude et prolongeant sa détention de facto.

JEP appelle à un « indulto procesal » immédiat, une mesure qui permettrait de clore définitivement ces affaires et de « déjouer l'arbitraire et de rendre la liberté pleine et entière à toutes les victimes ». La mise en œuvre de cette loi, censée effacer les erreurs du passé, se heurte à la réalité d'une justice sélective, laissant des dizaines, voire des centaines de personnes dans l'attente d'une libération qui tarde à venir.

Le gouvernement, engagé dans un processus de réformes politiques, doit impérativement revoir l'application de cette loi et garantir une justice équitable pour tous, sans distinction. Le silence des institutions face à ces injustices ne fera qu'aggraver la méfiance et compromettre la transition démocratique en cours.